Collecte de données en ligne

Vérifiez la fiabilité de vos informations : le cas du coronavirus

Une des clés d’une démarche de surveillance réussie, après la collecte de données externes textuelles ou visuelles non structurées, est sa validation. Car toutes les informations ne se valent pas. Et une information inexacte peut rendre la plus belle des stratégies totalement inopérante.

Il est donc primordiale de vérifier la fiabilité des données recueillies. Surtout sur Internet, ou le vrai et le fax se côtoient et s’entrecroisent au point, parfois, de se faire passer l’un pour l’autre. Un amalgame qui n’est pas sans conséquence, tant une seule fausse information peut décrédibiliser tout un pan d’informations exactes. A l’inverse, une seule vraie information peut cautionner tout un pan d’informations fausses.

Un rappel d’autant plus important qu’en ces temps où le COVID19 fait rage dans le monde entier, tout se dit et s’écrit sur cette épidémie, y compris les scenarii les plus fantaisistes, qui feraient le délice de n’importe quel auteur de science-fiction ou d’anticipation.

C’est donc fort logiquement qu’un doute m’étreint lorsque je lis le début de cet article dans le quotidien « Le Figaro » intitulé : « Quand les militaires envisageaient le risque de pandémie« . Dans cet article (payant), Nicolas BAROTTE nous explique que « Dans son rapport sur «les tendances globales en 2025», paru en 2008, le NIC, le centre d’analyse prospective de la CIA et de la communauté du renseignement américain, avait presque tout écrit« .

Mais un doute subsiste : info ou intox ?

Pour le savoir, quelques requêtes auprès d’un ami (puisque c’est ainsi que Google se présente) permettent d’accéder à ce document :

Et en vous rendant directement page 75, comme précisé dans l’article du « Figaro« , vous découvrirez le texte suivant, traduit en français par mes soins pour les anglophobes :

« Emergence potentielle d’une pandémie mondiale


L’émergence d’une nouvelle maladie respiratoire humaine hautement transmissible et virulente pour laquelle il n’existerait pas de contre-mesures adéquates pourrait déclencher une pandémie mondiale. Si une pandémie émerge d’ici 2025, les tensions et les conflits internes et transfrontaliers deviendront plus probables à mesure que les nations lutteront – avec des capacités dégradées – pour contrôler le mouvement des populations cherchant à éviter l’infection ou à maintenir leur accès aux ressources.

L’émergence d’une maladie pandémique dépend de la mutation génétique naturelle, du réassortiment des souches de maladies actuellement en circulation ou de l’émergence d’un nouveau pathogène dans la population humaine. Les experts considèrent que les souches de la grippe aviaire hautement pathogène (GAHP), telles que le H5N1, sont susceptibles d’être candidates à une telle transformation, mais d’autres agents pathogènes – tels que le coronavirus du SRAS ou d’autres souches de grippe – ont également ce potentiel.

Si une pandémie émerge, elle se produira probablement d’abord dans une zone
caractérisée par une forte densité de population et une association étroite entre les humains et les animaux, comme de nombreuses régions de Chine et d’Asie du Sud-Est, où les populations humaines vivent à proximité immédiate du bétail. Des pratiques d’élevage non réglementées pourraient permettre à une zoonose telle que le H5N1 de circuler dans les populations de bétail, augmentant ainsi la possibilité de mutation en une souche à potentiel pandémique. Pour se propager efficacement, une maladie devrait circuler dans des zones à forte densité de population.

Dans un tel scénario, une insuffisante capacité de surveillance de la santé à
l’intérieur du pays d’origine empêcherait probablement une identification précoce de la maladie. Une réponse lente de la santé publique retarderait la prise de conscience de l’émergence d’un pathogène hautement transmissible. Des semaines pourraient s’écouler avant que des résultats de laboratoire définitifs ne puissent être obtenus confirmant l’existence d’une maladie à potentiel pandémique. Dans l’intervalle, la maladie commenceraient à apparaître dans des clusters comme les villes d’Asie du Sud-est. Malgré les limites imposées aux voyages internationaux, les voyageurs présentant des symptômes bénins ou asymptomatiques pouvaient transporter la maladie sur d’autres continents.

Des vagues de nouveaux cas se produiraient tous les mois. L’absence d’un vaccin
efficace et le manque quasi universel d’immunité rendraient les populations
vulnérables à l’infection. Dans le pire des cas, des dizaines ou des centaines de
millions d’Américains au sein du territoire américain seraient infectés et les décès s’élèveraient à des dizaines de millions. En dehors des États-Unis, la dégradation des infrastructures critiques et les pertes économiques à grande échelle seraient les conséquences d’une épidémie touchant environ le tiers de la population mondiale et provoquant des centaines de millions de morts
. »

De prime abord, la précision de la vision laisse pantois : origine de la maladie, propagation sur les cinq continents, impact sur l’économie…Quelle boule de cristal utilise donc la CIA pour obtenir des prévisions dignes de Nostradamus (qui, au passage, n’a jamais prédit d’épidémie de coronavirus) ?

Trois éléments doivent attirer l’attention du lecteur, et l’aider à relativiser les dons de voyance de la CIA.

1 – Sur les sources utilisées par la CIA. En octobre 2007, soit un peu avant la publication de l’analyse de la CIA en 2008, la très sérieuse Clinical Microbiology Reviews a publié un article : « Severe Acute Respiratory Syndrome Coronavirus as an Agent of Emerging and Reemerging Infection« . Les auteurs nous indique que « The presence of a large reservoir of SARS-CoV-like viruses in horseshoe bats, together with the culture of eating exotic mammals in southern China, is a time bomb. The possibility of the reemergence of SARS and other novel viruses from animals or laboratories and therefore the need for preparedness should not be ignored » (en français : « la présence d’un grand réservoir de virus de type Sars-CoV chez les chauves-souris« en fer à cheval », ainsi que la consommation alimentaire de mammifères exotiques dans le sud de la Chine est une bombe à retardement. Il ne faut pas ignorer la possibilité de réapparition du SRAS et d’autres nouveaux virus provenant d’animaux ou de laboratoires et, par conséquent, le besoin de se préparer. ») Pour ceux qui, comme moi, détestent les versions expurgées, voici l’article complet :

2 – sur la nature de la nouvelle épidémie : la CIA s’appuie sur le précédent du SARS -CoV de 2002-2003, qui est une maladie respiratoire provoqué par l’entrée dans l’organisme humain d’un virus dit « à couronne » ou coronavirus, qui présente une ressemblance avec le SARS – CoV2 ou Covid-19. Dans la mesure où aucun traitement n’a prouvé son efficacité, et aucun vaccin n’a pu être mis en place, la probabilité d’un retour en force du virus sous sa forme d’origine ou mutée est plausible.

3 – Sur l’origine géographique de la nouvelle épidémie : la CIA s’appuie de nouveau sur l’origine sud-est asiatique du SARS -CoV de 2002-2003 pour situer le point de départ de la nouvelle épidémie.

Pour autant, des zones à forte densité de population où les habitants vivent à proximité immédiate du bétail existent aussi en Afrique subsaharienne. C’est d’ailleurs d’Afrique de l’Ouest qu’est partie l’épidémie d’Ebola entre 2013 et 2015, que les analystes de la CIA n’ont pas prévu. Et le virus de Marburg, de la même famille que le virus Ebola, s’est manifesté entre 1998 et 2000 en République Démocratique du Congo et en 2005 en Angola. Enfin, 2012 verra l’apparition en Arabie Saoudite du MERS-CoV (Middle East respiratory syndrome-related coronavirus).

Mais l’esprit des analystes de la CIA, marqué par le SARS -CoV, est tourné vers l’Asie du sud-est. Une belle illustration de ce biais cognitif qu’est l’effet de récence.

Il résulte de ce qui précède deux conclusions :

1 – Faire de la veille, ce n’est pas uniquement faire une revue de presse. Certes, la presse peut être une source intéressante de données. Pour autant, la lecture d’un article de presse doit inciter le professionnel de la veille à confirmer ou infirmer les données recueillies auprès de sources externes. Incidemment, il peut s’agir du moyen le plus efficace de contourner la non-gratuité d’un article.

2 – L’esprit critique est la clé de voûte de la veille. Supposer qu’une information est incomplète, inexacte ou dépassé, que ce soit en totalité ou pour partie, est l’aiguillon qui pousse le professionnel de la veille à explorer d’autres voies, d’autres pistes et à ne pas se contenter de ce qui lui est offert. Sous réserve de valider la fiabilité de ses sources et de ses informations. Voilà pourquoi je reste réservé sur la veille dite collaborative.

3 – En prospective, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Les difficultés survenues dans le passé, si elles n’ont pas été résolues, sont susceptibles de se reproduire dans le futur.

Maintenant, si vous souhaitez savoir à quelle sauce vous serez mangé d’ici 2035, la réponse se trouve ici…ou pas :

Pour aller plus loin

World Health Organisation (Organisation Mondiale de la Santé)Summary of probable SARS cases with onset of illness from 1 November 2002 to 31 July 2003

World Health Organisation (Organisation Mondiale de la Santé)Maladie à virus de Marburg

Institut PasteurMERS-CoV

CNewsNon, Nostradamus n’avait pas prédit le coronavirus – 19 mars 2020

2 réflexions au sujet de « Vérifiez la fiabilité de vos informations : le cas du coronavirus »

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