Analyse : comportements individuels et stratégie d'entreprises·Comportements individuels : profiling et ciblage comportemental

« Je dis ce que je pense »…

C’est par ce titre que débute le message diffusé par un de mes contacts Mylène RICO sur LinkedIn.

Un intitulé bien anodin, à la vérité. Sauf que le post en question a suscité autour de 200 commentaires, sans compter les 679 lecteurs qui en ont apprécié le contenu.

Et si ce post n’était pas si anodin que cela ? La formule mérite peut-être que quelqu’un s’y attarde…Parce qu’en y réfléchissant bien, nous l’avons tous déjà entendu quelque part : dans la bouche d’un collègue au travail, d’un parent au cours d’un repas de famille ou d’un(e) ami(e) lors d’une rencontre. Une formule qui dévoile une partie du caractère de votre interlocuteur…

Bousculer les conformismes…

Les adeptes de cette formule sont habités par une volonté d’élévation ou d’amélioration, qu’il s’agisse d’eux mêmes, de leur environnement matériel ou humain. Il en résulte qu’ils peuvent manifester une tolérance limitée à ce qui entrave, restreint, contraint. Pour eux, tout est possible, tout est permis à qui le veut réellement. La volonté est, à leurs yeux, comme un dogme, une foi qui les immunise contre les aléas de l’existence. Et quand leur vouloir s’aligne sur leur pouvoir, toutes les portes peuvent s’ouvrir, tous les verrous sauter, tous les obstacles s’évanouir. La conscience de soi permet la confiance en soi. Ils se permettent donc tout naturellement et sans complexe là où d’autres hésitent. Inutile de dire que, chez de telles personnes, l’individualité occupe une position centrale. Un soleil autour duquel tournent les autres planètes…c’est à dire vous autres.

Sur le plan de l’expression verbale, le « Je dis ce que je pense » peut susciter l’admiration. Affranchi des tabous et des non-dit sociaux qui restreignent l’expression du plus grand nombre ou les murent dans un silence poli, il interpelle l’autorité sans déférence aucune, et clame tout haut ce que chacun murmure ou pense sans le dire. A cet égard, le chanteur américain Jon BON JOVI lorsqu’il s’adresse à Dieu dans sa chanson « Hey God » en est l’exemple typique : « I know how busy you must be, but hey God…. Do you ever think about me ? » (« Je sais combien tu dois être occupé, mais eh, Dieu…penses tu parfois à moi ?« ) :

Il en résulte que, pour savoir ce que le « Je dis ce que je pense » pense, il suffit simplement de l’écouter. Par ailleurs, ses convictions l’enveloppent comme une carapace qui le rend imperméable à l’opinion d’autrui, et lui permet de se lancer à l’assaut du monde. Et s’il passe des mots aux actes, il fait alors ce que personne n’ose faire au nom du respect de règles tacites ou de coutumes immuables sur la simple foi en son intime conviction. Le « Yes we can » qui mena un candidat métis à la présidence des Etats-Unis d’Amérique pourrait être sa devise, tant il relève de ce processus. A certains égards, le « Je dis ce que je pense » a donc une utilité sociale lorsqu’il se fait le porte-parole des silencieux, ou qu’il bouscule des organisations statiques et sclérosés. Mais n’oubliez jamais : le monde est, à ses yeux, une immense scène. Il importe pour lui d’être sous les feux de la rampe. L’humilité et la modestie ne feront donc pas partie de sa panoplie de gagneur.

…ou jeter un pavé dans la mare

« Si vous êtes incapable de me gérer quand je suis dans mes pires moments, alors, il est certain que vous ne me méritez pas quand je suis dans mes meilleurs moments » a déclaré un jour Marilyn Monroe. Et le « Je dis ce que je pense » alterne le meilleur et le pire.

Que ce soit dans ses prises de parole ou dans ses passages à l’acte, le « Je dis ce que je pense » apparaît, à mains égards, comme un éléphant dans un magasin de porcelaine : sa connaissance du monde est élémentaire, sa connaissance des hommes simpliste. Il veut ignorer qu’il évolue au sein d’environnements codifiés, stratifiés et semés de chicanes et d’embûches, dans desquels seuls des individus rompus à l’art du slalom social s’épanouissent. Dans un tel contexte, une prise de paroles abrupts ou des sentences dogmatiques et définitives, voire des gaffes, deviennent irrecevables par leur manque de tact et de sélectivité, tant il est vrai qu’on ne dit pas n’importe quoi à n’importe qui, n’importe quand et n’importe comment. C’est comme jeter un pavé dans la mare : cela éclabousse tout le monde, mais ne profite à personne. Une attitude qui conduit à une mise au placard sociale ou professionnelle. Le « Je dis ce que je pense » devient alors le militant d’une doctrine – la sienne – dont il est l’inconditionnel et unique fidèle ou l’activiste aveugle, si les actes suivent les paroles.

Si le « je dis ce que je pense » fait aussi ce qu’il dit, son culot, sa témérité et son volontarisme instransigeant peuvent rendre le remède pire que le mal. Mais il n’en n’a cure : mieux vaut une solution bancale qu’un problème persistant. Obélix, le sympathique gaulois de René Goscinny, a une manière très personnelle de sortir de prison, déclare sa flamme à l’élue de son coeur en lui offrant un menhir et prône une philosophie sommaire, pour ne pas dire rudimentaire : « fonçons, par Toutatis« . Une telle attitude permet, en outre, de se poser en triomphateur surmontant les difficultés.

Sauf qu’Obélix est un personnage fictif, et que tous les « je dis ce que je pense » ne sont pas tombés dans la potion magique quand ils étaient petits. Qu’importe ! Il suffit alors d’être remarqué pour se croire remarquable. L’activité d’une telle personne va alors s’orienter autour du crédit personnel dont elle dispose : est-elle suffisamment louée ? Appréciée ? Respectée ? Quelque chose que Simon SINEK explique très bien par le prisme de la recherche de gratification à travers les médias sociaux :

Car à quoi bon dire ce que l’on pense si personne n’écoute, ne comprend ou n’approuve ? Et, pour reprendre une formule de Philippe GUITTET : « Deux monologues ne font pas un dialogue« . Une formule qui sensibilise au caractère bilatéral de toute relation, et à l’importance d’être sur la même longueur d’onde, y compris avec des personnes très différentes de nous. Un souci permanent pour tous les artistes qui se produisent devant un public. Et si nous n’existions pas sans le regard de l’autre ?

Mais on peut aussi dire ce que l’on pense sans forcément faire ce que l’on dit : le « Je dis ce que je pense » devient alors une sorte de Tartarin de Tarascon, ou Brice de Nice pour les plus jeunes. Fanfaron et bluffeur, il masque ainsi ses initiatives avortées par sous-estimation des difficultés ou auto-sabordées par peur d’un échec perçu comme un aveu de faiblesse. A moins qu’il n’attribue ses échecs aux actions sournoises et malveillantes de personnes jalouses, cherchant à saper son crédit réel ou supposé.

Et pour finir, une question : pour vous, quelle est la différence entre penser et avoir une opinion ?

Sources

Biographie de Mylène RICO

Biographie de Philippe GUITTET

Le site Web d’un profiler

2 réflexions au sujet de « « Je dis ce que je pense »… »

  1. Pour moi, penser ne doit pas obligatoirement partager. Ça peut etre modifié/revu mais avoir une opinion est en général, ferme et définitif, les personnes qui ont une opinion tranchent et la partagent… et peuvent se battre pour faire imposer leur opinion qu’ils « pensent » être la seule ou en tout cas la meilleure.

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  2. Pour moi l’important n’est pas tant la pensée de tel ou untel, mais sa conviction à la défendre au travers de l’argumentation et d’un raisonnement construit. A partir de là, il peut y avoir débat, sans idéologie.
    Sachant qu’il n’y a pas qu’une seule vérité, et que le respect des opinions et croyances de chacun est primordiale…
    La forme de ce que l’on dit est tout aussi importante, des fois bien plus que le fond pour certains…

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