Handicap au travail·insertion professionnelle·Le monde du travail

Conférence : « Atypiques, nous le devenons tous : la mutation génétique de l’Homme est en route ! »

J’arrive devant la porte des locaux de l’IESF ce jeudi 20 juillet 2017 vers 19h10. Plusieurs personnes se trouvent devant la porte, sans pouvoir entrer : l’interphone ne semble pas répondre et l’entrée est dépourvue de code d’accès. Alors que je m’apprête, à l’aide de mon Smartphone, à exposer la situation à notre charmante organisatrice – j’ai nommé Liliya Reshetnyak – un cycliste sort, nous ouvrant ainsi l’accès tant espéré.

Heureusement, car la conférence était sur le point de débuter. Je salue Liliya et la remercie pour le partage de mon billet de blog sur les autistes en entreprise, qui a attiré, à ce jour, plus de 200 lecteurs. La salle est presque pleine, principalement de personnes que je ne connais pas. Sauf une : une jeune femme brune, que j’ai le sentiment d’avoir croisé quelque part, sans me souvenir où et quand. Peut-être cela me reviendra t-il plus tard ?

Lilya commence par présenter brièvement la société Hipip’IN et l’objectif qu’elle poursuit : faciliter l’insertion en entreprise des personnes atypiques : Asperger, mais aussi HPI (hauts potentiels intellectuels), multipotentiels, hypersensibles, dyslexiques, personnes souffrant de TDA (troubles de l’attention), avec ou sans hyperactivité…Des personnes aux talents certes remarquables, mais dont certains comportements constitue une source d’inquiétude pour des responsables de Ressources Humaines. Elle passe alors la parole à Olivier Endelin, qui présente le parcours de Pierre Daveze.

2050 : tous atypiques ?
Puis Pierre Daveze prend la parole, pour approfondir l’article publié par Hipip’IN sur l’influence des mutations génétiques de l’homme sur son comportement. Il explique notamment, transparents à l’appui, que les mutations génétiques qui transforment l’homme en profondeur vont modifier l’approche professionnelle non seulement des responsables du recrutement, mais aussi des candidats, qu’ils soient ou non atypiques. Car tel est le fond de son propos : les mutations génétiques qui agitent l’être humain en ce début de XXIe siècle vont entraîner l’accroissement de la proportion d’atypiques en entreprises. En France, les atypiques représenteraient entre 25% et 30% de la population, dont 4,8 millions d’Asperger. Or, ce qui est encore considéré par beaucoup aujourd’hui comme un handicap cache un talent, comme celui du non-voyant qui développe ses sens tactiles. Et les personnes dites atypiques ne manquent pas de talents : rapidité de pensée, créativité, empathie…Sans compter des capacités d’adaptation à l’environnement humain dans lequel l’atypique évolue, et qui lui permettent d’avancer masqué. A moins qu’il ne tombe sur un manager maladroit ou incompétent : le résultat est alors au mieux le départ, privant ainsi l’entreprise d’un élément précieux, au pire le burn-out ou la dépression de l’atypique.

Cette émergence d’atypiques serait, selon Pierre Daveze, le résultat d’une mutation génétique de l’être humain, comme il en a connu de nombreuses au cours de son histoire : renforcement du système immunitaire, apparition des yeux bleus, digestion du lait, augmentation du volume de la boîte cranienne, respiration à haute altitude, notamment chez les tibétains et les populations des Andes…En 2008, des prélèvements réalisés sur des volontaires révèlent une augmentation globale du taux de dopamine, de neurodrénaline et de sérotonine chez les sujets. Une augmentation qui engendre des effets comportementaux : ouverture à la nouveauté, attitudes tribalistiques mais aussi diminution des sentiments de peur ou…de l’instinct de survie, surcontrôle qui peut mener au burn-out ou hypersensibilité. En 2013, comme l’explique l’article «Atypiques, nous le devenons tous : la mutation génétique de l’Homme est en route ! », apparaît dans l’ADN humain un quatrième brin. Les conséquences de cette apparition ne sont pas connus avec certitude, puisque ce brin n’est pas encore déployé.

Face à ces différentes mutations, il incombe aux responsables du recrutement de faire converger les talents des collaborateurs, qu’ils soient ou non atypiques, avec les besoins des entreprises. Existe t-il, au sein de l’entreprise, des collaborateurs atypiques ? Leurs talents sont-ils exploités ? La réponse à ces questions passe, notamment, par une évaluation différente de l’intelligence et des compétences. Les tests d’intelligence utilisés aujourd’hui, comme celui de Binet et Simon qui date de 1905 n’évalue que 3 ou 4 des formes d’intelligence présentes chez un individu. Or, les travaux du psychologue Howard Gardner ont mis en lumière la multiplicité des formes que peut prendre l’intelligence : émotionnelle, certes, comme commencent à le comprendre la littérature RH et managériale, mais aussi verbale ou logique, pour n’en citer que quelques unes.

Confrontée à ces enjeux, la société Hipip’IN propose donc aux professionnels du recrutement et de la gestion des Ressources Humaines un nouvel outil de psychométrie, pour affiner la connaissance des collaborateurs d’une entreprise, au delà des questions d’atypie.

Si l’ensemble du propos se révèle pertinent, certains détails appellent des nuances.

Une réalité avec « cinquante nuances de gris »
Sur la mutation de l’homme intervenue il y a 7500 ans, qui lui permet de digérer le lait, j’ai rappelé à mon interlocuteur que les habitants d’Extrême-Orient sont toujours dépourvus de l’enzyme qui leur permet cette digestion. Les 163 000 immigrés asiatiques (3% de la population française) et leurs descendants (11% de la population française), qui vivent en France, principalement en Ile-de-France, recourent à la consommation de lait en poudre, consomment parfois les fromages de notre beau pays…ou utilisent le lait pour soulager une constipation passagère. Au delà du côté divertissant de l’anecdote, celle ci signifie que toute la population humaine ne mute pas en même temps, ni de la même manière. Ces mutations vont donc fractionner l’espèce humaine en plusieurs branches, avec les possibles conséquences que j’ai évoqué dans un précédent billet de mon blog intitulé «Le matching affinitaire : une fausse bonne idée ». Comme le montre un article de Jean-Michel VERNOCHET, l’être humain tolère mal la concurrence…

Concernant les corrélations entre morpho-psychologie et syndrome d’Asperger, je confesse me méfier de la morpho-psychologie, dont les lectures que j’ai pu en avoir suggèrent que les résultats obtenus pourraient s’expliquer par d’autres moyens que l’examen du visage. Des moyens utilisés par certain voyants…ou amuseurs publics :

L’essentiel de l’exposé de Pierre Daveze tourne autour des mutations biologiques de l’homme. Pour pertinent qu’il soit, il me semble qu’une autre donnée doit être prise en considération : les mutations de l’écosystème socio-culturel au sein duquel chaque sujet évolue et tisse des relations. Or, c’est bien connu, chacun répond en fonction de sa carte du monde, dressé à partir de cet écosystème. Une donnée qu’il convient de ne pas perdre de vue pour mesurer le potentiel d’évolution d’une personne.

Par ailleurs, Pierre Daveze, très au fait des évolutions apparues dans les milieux germanophones, semble être convaincu par l’origine psychosomatique de nos maladies, notamment quand il estime que 70% d’entre elles trouveraient leur origine dans notre structure mentale. Il cite notamment un lien entre divorce et cancer du sein. Une vision que l’on retrouve chez des auteurs comme Michel Odoul dans son livre «Dis moi où tu as mal, je te dirais pourquoi » ou Ryke Geerd Hamer, père de la Médecine nouvelle germanique. Mais une vision contestée, comme en témoigne Florian Gouthière, qui reposerait sur un biais de confirmation d’hypothèse. Pour l’heure, sur ce sujet, le plus cartésien scepticisme est donc de mise.

Enfin, il convient de faire remarquer que, pour pertinente que soit l’approche psychométrique du test présenté ce soir, sur lequel je ne dispose pas des connaissances nécessaires pour en évaluer la justesse, encore faudra t-il qu’elle rencontre l’adhésion à la fois des professionnels du recrutement et de la gestion du personnel, dont les habitudes de travail risque d’être chamboulées par cette approche quelque peu différente, mais aussi des dirigeants, garants de la culture du management au sein de l’entreprise et du circuit de prise de décisions, mais aussi de la vision stratégique, dont le choix des critères d’évaluation de la performance économique est un témoin criant. L’approche proposée ce soir par Pierre Daveze met le collaborateur au cœur de cette stratégie. Un tel positionnement est loin d’être majoritaire au sein de toutes les organisations. Il conviendra, par conséquent, de l’habiller de manière appropriée, tant il est vrai qu’il est plus facile de rentrer dans un monastère habillée en bonne sœur qu’en prostituée.

J’ai fini par retrouver le nom de cette jeune femme brune assise derrière moi, dont le visage avait interpelé ma mémoire : Solenn Thomas. Je ne l’ai jamais rencontré avant ce soir, sinon à travers un article intitulé «Vie pro/envies… Coupé.e.s en deux ? ». Et cédant à mon instinct de profiler, j’ai esquissé son profil psychologique à partir de ce texte sous la forme d’une infographie. Si elle me lit, puisse t-elle me pardonner cette intrusion. J’aurais voulu lui présenter mes excuses de vive voix, mais l’heure tardive à laquelle s’est achevé la conférence ne m’a pas permis de m’attarder, ce que j’ai regretté le plus. Un temps de parole entre personnes présentes à la fin de l’intervention aurait permis de faire plus ample connaissance avec les autres participants et, pourquoi pas, de découvrir des affinités communes. On peut être autiste et aimer communiquer…

Sourcing

Société des Ingénieurs et scientifiques de France (IESF)

Biographie de Liliya RESHETNYAK

société Hipip’IN

Pierre DAVEZE «Atypiques, nous le devenons tous : la mutation génétique de l’Homme est en route ! »

Biographie de Pierre DAVEZE

biographie d’Olivier ENDELIN

Patrick CUENOT : «Table ronde : Autisme Asperger : une chance pour les entreprises »

Patrick CUENOT : «Le matching affinitaire : une fausse bonne idée »

Jean-Michel VERNOCHET «L’homme de Néanderthal vraisemblablement exterminé par Cro-Magnon »

Académie de Créteil : un nouveau regard sur la manière d’apprendre

Karine PAPILLAUD (Psychologies) «Michel Odoul : « Notre corps parle, encore faut-il savoir l’entendre… »

Alexandra MOONENS «La « biologie totale » sous la loupe »

Florian GOUTHIERE «Ni le stress, ni le deuil ne font naître les cancers »

Biais de confirmation d’hypothèses

Biographie de Solenn THOMAS

Solenn THOMAS «Vie pro/envies… Coupé.e.s en deux ? »

Une personnalité dévoilée : Solenn THOMAS

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