Analyse de données

La génération Y se dévoile

Bonjour Mademoiselle Duez,

Nous ne nous connaissons pas. Je me présente donc : Patrick CUENOT, consultant et formateur. Mon attention a été retenu par votre vidéo diffusée sur Youtube, qui explique aux quinquagénaires les valeurs de la génération Y. Une intervention sur un sujet qui interpelle, comme en témoignent tant cet article que le contenu de certains médias sociaux.

Sur la forme, votre physionomie générale, telle qu’elle apparaît sur cette vidéo, votre tenue vestimentaire et le langage verbal que vous employez au cours de votre intervention montrent que vous êtes originaire du nord ou de l’ouest de la France et que vous êtes peut-être issue d’un milieu familial aux valeurs traditionnelles. Il se pourrait même que vous ayez reçu une éducation religieuse. Incidemment, et toujours en s’appuyant sur la vidéo précédemment mentionnée, vous êtes née entre 1980 et 1985. Si tel est le cas, alors vos parents sont nés entre 1950 et 1965. Mais ce n’est là qu’un détail…L’essentiel est que vous appartenez bien à cette génération Y que vous évoquez dans votre intervention. L’observateur critique ne pourra pas s’empêcher de se demander si vous ne prêchez pas pour votre chapelle. A moins que vous ne vous racontiez au travers de cette génération que vous défendez de manière plutôt convaincante. Après tout, nos propos contiennent toujours une part de nous même.

Au passage, vous montrez, toujours à travers votre tenue vestimentaire et votre langage, que l’exigence est votre valeur cardinale. L’action est votre viatique, votre implication est totale et votre dévouement exemplaire. Mais votre souci d’efficacité et de perfection vous conduit à douter de tout. D’où ce besoin de tout analyser, pour tout prévoir et tout contrôler. Vous faites ce que bon vous semble, sans vous soucier du qu’en-dira-t-on. Ce qui ne vous empêche pas de rechercher la reconnaissance et l’approbation de votre entourage. Besoin d’être rassurée ? Perturbation de votre image personnelle ? Il s’agit là d’hypothèses que le contenu de la vidéo ne permet pas de confirmer ou d’infirmer. Tout au plus citerais-je cette phrase, trouvée au hasard de mes pérégrinations en ligne : Les Y sont les enfants du divorce et vivent bien souvent dans des familles monoparentales.« .

Sur le fond, j’aurais pu sous-titrer ce billet « réponse d’un X man à une Y woman« . Votre intervention, qui a pour mérite de dédiaboliser une génération parfois méprisée, atteint son but. Au fond, cette génération n’est ni meilleure, ni pire que celles qui l’ont précédé, ou que celles qui la suivront. Simplement différente. Cependant, certains des arguments que vous avancez suscitent mon scepticisme et éveillent des interrogations. Voici quelques unes de mes réactions à l’écoute de vos propos :

« 50% de la génération mondiale a moins de 30 ans […] nos comportements deviendront la norme » : ce n’est pas parce que ceux qui émettent une opinion ou adoptent un comportement sont les plus nombreux qu’ils ont raison. Les majorités se trompent parfois.

« Première génération numérique » : une génération qui utilise le numérique de manière très personnelle. Formateur sur les outils et méthodologies de collecte de données en ligne, j’interviens régulièrement auprès d’étudiants âgé de 25 à 30 ans en dernière année de formation. Et force est de constater que Google est leur religion, et Facebook le média social qu’ils utilisent le plus souvent. Hors cela, point de salut. Cela correspond bien à leur perception du temps : seul l’instant compte. Le passé est dépassé, et demain s’inquiètera de lui même : à chaque jour suffit sa peine.

« Première génération omnisciente » : une affirmation qui, au regard des développements précédents, reste à prouver…

« Nous avons une externalisation du cerveau dans nos poches de jeans… » : cette génération consulte en effet Internet depuis son Smartphone, et l’utilise non pas pour visiter des sites, mais pour lancer les applications mises à leur disposition par les organisations, principalement celles travaillant en B2C (Business to Customers). Ces applications présentent, sur d’autres supports en ligne, l’immense avantage pour les organisations de communiquer en mode « top/down » exclusivement, et d’éliminer la communication « bottom/up » qui peut nuire à l’image de marque. Cet engouement pour la mise en place d’application m’est confirmé par les professionnels indépendants qui mettent en place ces applications, que je croise régulièrement, et qui me disent ne pas ressentir les effets de la récession économique. Nous voici de retour vers les années 90, lorsque l’organisation avait encore le monopole de sa communication externe. Il reste que les conversations autour de l’organisation vont se déplacer vers d’autres supports, qu’il incombera aux Community Managers d’identifier et d’infiltrer, s’il s’agit de supports privés.

« …parce qu’on a le savoir à portée de click » : A condition de savoir y accéder, ce qui n’est pas toujours le cas des étudiants que je croise. Par ailleurs, la définition du savoir reste à poser. Le dernier buzz en date est-il un savoir ? Oui, aux yeux de ceux qui confondent donnée, information et connaissance.

« Cette présomption de compétences, dont parle Michel SERRES, ça change le rapport à l’autorité » : une compétence ne se présume pas, elle se prouve. Et seule l’efficacité dévoile l’expertise, qui change le rapport à l’autorité.

« …avec un superpouvoir dans ses mains : le numérique » : « with great power comes great responsibilities » disait Ben Parker au jeune Peter, avant même qu’il ne devienne Spider Man. Et face à cette génération montante, tout est à espérer, mais tout est aussi à craindre.

Web power
Web power

« On peut faire tomber un gouvernement à la force d’un clavier » : certes, le printemps arabe l’a prouvé. Mais à qui profite cette chute ? Et pour construire quoi derrière ?

« Le sujet Y vient d’un monde où c’est l’agile qui mange l’inerte » : c’est aussi le cas dans le monde animal. Rien de nouveau sous le soleil. Pour autant, les Y n’en sont pas encore à dire : « patron, vous êtes viré« .

« Le sujet Y se cogne la tête à des modèles de leadership, de management, des systèmes organisationnels qu’il ne comprend pas, qu’il ne reconnaît pas. Alors qu’est-ce qu’il fait, le sujet Y ? Il se casse » : il est donc capable de faire tomber un gouvernement à la force d’un clavier, mais pas de changer une structure organisationnelle plus petite ? Voilà un paradoxe de cette génération : elle n’est pas encore capable d’adapter son approche aux environnements auxquels elle est confrontée pour générer du changement. Ce qui ne signifie pas qu’elle n’y arrivera jamais. Mais il faut lui laisser le temps de mûrir. Au passage : un beau sujet de veille…

« Ils croient vraiment qu’autre chose est possible ? Peut-être. » : Bien sûr qu’autre chose est possible. Il ne faut pas retirer à la génération Y une volonté d’innovation que l’âge a parfois émoussé chez ses aînés. Quoique pas toujours…Après tout, être jeune, c’est faire un pas en avant, un pas en arrière, un pas sur le côté, interroger, découvrir, explorer, expérimenter, se tromper, s’enthousiasmer, s’indigner, dénoncer, remettre en question parfois…Simplement, la manière de l’amener n’est peut-être pas la bonne…Et avant de changer le monde, il est nécessaire de le comprendre. Ce que la phrase précédemment citée ne permet pas d’établir.

« …la flexibilité avant la sécurité » : comme le font les cultures économiques anglo-saxonnes ou germaniques très masculines. Sauf que la culture française ne repose pas sur ces fondements là. Et un tel changement culturel s’opèrera sur plusieurs générations. Les Y n’en seront que les initiateurs.

« …l’ambition de s’accomplir avant celle de réussir » : un objectif qui révèle une culture plus féminine que masculine, et qui va à l’encontre du primat de la flexiblité sur la sécurité précédemment mentionné. Dans les cultures masculines, la réussite prime l’accomplissement de soi.

« …et elle juge sa réussite, son épanouissement […] à travers ses propres yeux et pas à travers les yeux des autres » : Aïe, aïe, aïe ! Les ravages de l’introspection…À 90 %, les actes que nous entreprenons au quotidien se déroulent à notre insu, avec un cerveau en pilotage automatique… La conscience n’est ainsi qu’une sorte de clap de fin qui se manifeste lorsque tout est déjà joué – un tour de passe-passe de notre cerveau pour nous faire croire que nous avons encore notre mot à dire.

Mais mon objection la plus forte vient de cette classification des individus en générations X, Y et Z. Elle se rencontre principalement chez les professionnels du marketing social ou de la communication, qui s’en servent pour vendre à leur client la refonte du site Web, le blog d’entreprise, une application…Elle vise à expliquer les comportements en classant les individus selon des représentations figées, des idées reçues, des opinions toute faites qui brouille la perception du réel. Elle est un peu « un anneau unique pour les gouverner tous« . Or, qu’est-ce qui empêche un individu catalogué « Génération X » d’être à l’aise avec Internet ? Et pourquoi un individu appartenant prétendument à la « Génération Y » serait-il plus familier avec Internet que son aîné ? Monique Dagnaud, directrice de recherche à l’EHESS et sociologue spécialisée dans les médias, le rappelle : « la culture numérique se diffuse dans les autres classes d’âge« . Et une phrase d’un des étudiants que j’initiais aux subtilités de la recherche de données en ligne me reste en mémoire : « Nous sommes sensés être la génération Internet, mais finalement, nous ne connaissons pas grand chose d’Internet« . Et c’est moi, un natif de la « Génération X » qui explique à des individus natifs de la « Génération Z » comment tirer parti d’Internet. Un paradoxe qui démontre, si besoin en était, les dangers de la généralisation.

Si j’ai été critique sur de nombreux points précédemment évoqués, je ne peux néanmoins qu’approuver à la fois la tentative, quelque maladroite qu’elle soit, de réhabilitation d’une frange de la population active et le discours sur la montée en puissance des freelances. Parce que je la constate au gré de mes rencontres. Mais attention ! Le « Tous freelance » est une utopie, n’en déplaise aux 15-20 ans. Car être freelance, au delà du statut, c’est une « soft skill« . Alors qu’adviendra t-il de ceux qui n’en disposent pas ?

Vous aussi, souhaitez comprendre comment collecter des données sur Internet juste en regardant une vidéo ? N’hésitez pas à me contacter.

2 réflexions au sujet de « La génération Y se dévoile »

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