Analyse de données

De l’importance de l’analyse

Il y a quelques jours, je soulignais l’importance de l’analyse dans le cadre d’une démarche de veille. Cette phase de la démarche est essentielle, en ce qu’elle permet de convertir un important volume de données souvent inexploitables en informations, beaucoup plus faciles à transmettre et à traiter.

L’actualité de ces derniers jours nous fournit un merveilleux sujet sur lequel exercer une phase analytique.

Rendu furieux par la difficulté de leur épreuve de mathématiques au baccalauréat, plusieurs milliers de lycéens ont signé une pétition destinée au Ministère de l’Education Nationale pour demander l’arrêt du «carnage des sujets du bac S». Des messages sur Twitter et au moins un groupe Facebook se font l’écho de cette indignation.

Voilà une belle démarche d’influence exercée dans le secteur de l’Education Nationale. Une raison de plus pour les professionnels de la veille et de l’Intelligence Economique de s’y intéresser.

Le premier constat, à la lecture des deux articles, vient de l’identité des protestataires : les lycéens (pour reprendre le terme utilisé par l’article) et les enseignants. A priori, et toujours à la lecture de l’article, les associations de parents d’élèves n’ont pas pris part au débat, pas plus que les responsables d’établissements. Pourtant, les premiers pourraient invoquer la perte d’une année d’étude en cas d’échec de leur rejeton à cette épreuve d’accès aux études supérieures, tandis que les second pourraient craindre les conséquences d’un recul du classement de leur établissement en cas de taux d’échec trop important.

Par ailleurs, le terme « lycéen » employé pour qualifier les candidats au bac ne distingue pas entre élèves d’établissement d’enseignement public et privé. Les seconds étaient-ils mieux préparés que les premiers ? Ou alors s’expriment-ils par des canaux de communication spécifiques moins voyants.

Car si la difficulté croissante des épreuves du baccalauréat scientifique semble une constante depuis quelques années, certains candidats ayant chuté sur les épreuves de physique et d’anglais les années précédentes, la protestation par les réseaux sociaux semble nouvelle. Il est vrai que le seul moyen de contester le résultat d’un examen est le recours devant la juridiction administrative, recours hors de la portée de candidats encore mineurs pour la plupart. Seuls les parents, isolément ou par le biais de leur association, et les enseignants auraient qualité à agir. Et confronté à une telle action, la juridiction administrative aurait le choix, selon les éléments du dossier à sa disposition, entre la validation ou l’invalidation de l’épreuve. La seconde option impliquerait l’organisation d’une nouvelle épreuve, avec les contraintes qu’une telle démarche implique. A moins que, de lege ferenda, une loi ne fournisse aux mineurs entre 15 et 18 ans la capacité à agir. Car, faute d’autres moyens d’exprimer leur désaccord, ceux ci se rabattent sur les réseaux sociaux. Cette avalanche de messages minent l’attractivité dont bénéficie jusqu’à ce jour la filière scientifique.

Il convient de noter, de surcroît, que, jusqu’à présent, seule cette filière se plaint de difficulté croissante de l’épreuve. Dès lors, la tentation serait grande, pour certains parents, soit d’envoyer leurs enfants passer le baccalauréat dans d’autres pays d’Europe, la Belgique francophone par exemple, soit d’opter pour des filières moins prestigieuses, mais dans lesquelles l’obtention du sacro-saint sésame est plus aisée. Il en résulterait alors un déficit d’étudiants dans les établissements d’enseignement supérieur exigeant l’obtention d’un baccalauréat scientifique, donc un déficit de professionnels issus de ces établissements dans les 5 à 10 prochaines années. A moins que ces bacheliers français n’aille grossir les effectifs des établissements d’enseignement supérieur européen ou extra-européens afin de suivre la filière qui leur tient à coeur. Avec, à terme, le risque de voir ces cerveaux quitter le territoire français, voire européen. Voilà qui poserait alors une délicate difficulté de protection du patrimoine immatériel humain. Un autre sujet cher à l’Intelligence Economique.

Dans cet incident de communication, car il est encore trop tôt pour parler de crise, l’Education Nationale et les rectorats se doivent de surveiller les groupes qui ne sont pas encore intervenus dans le débat : les parents d’élèves et les responsables d’établissements, notamment, mais aussi les établissements d’enseignement privé, qui pourraient profiter de cette aubaine pour discréditer l’enseignement public et vanter la qualité du leur. Les adversaires du baccalauréat pourraient, eux aussi, profiter de cet épisode pour faire entendre leur voix. Une voix que l’Education Nationale ne manquera pas de discréditer. Enfin, les professionnels du recrutement feront valoir que le baccalauréat n’a pour eux qu’une valeur relative, puisque leur sélection s’effectue soit à un niveau supérieur (Bac+2/+3…) soit à un niveau inférieur (CAP, BEP…).

Voici un exemple d’analyse non spécialisé, possible à partir de deux articles édités dans un organe de presse généraliste. Une manière de montrer que l’information peut se trouver partout, et qu’une démarche prospective reste possible quel que soit le support initial. Une démarche prospective au sein de laquelle l’interrogation reste présente. Car être professionnels de la veille n’implique pas de tout savoir, mais de tout comprendre. Le cas échéant en sollicitant l’avis d’experts sur la question.

2 réflexions au sujet de « De l’importance de l’analyse »

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