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Le chargé de Veille met en garde contre une démarche de manipulation

psychosynthèse

L’activité de veille réserve parfois de drôles de surprises. L’anecdote qui suit en est un exemple criant.

L’un de mes contacts LinkedIn, « coach et formatrice, praticienne en psychosynthèse« , me transmet un mail afin de me signaler sa prochaine intervention. Curieux comme doit l’être un chargé de veille, je visite donc le blog qu’elle tient.

Mais l’un des billets me fait bondir sur mon siège : « Soirée ESSCAIENNES : Atelier de découverte de l’ennéagramme« .

Les mots sont les révélateurs de la pensée. Et certains d’eux doivent agir sur votre vigilance comme un signal d’alarme.

L’ennéagramme, censé représenter les neuf polarités de la personnalité, a été introduit par un certain Georges Ivanovich Gurdjieff (1872-1949) dans son enseignement pour apporter une « compréhension globale de l’univers« . Or, Gurdjieff n’est pas un psychologue. D’ailleurs, quiconque s’est renseigné, même sommairement, sur le contenu des « Récits de Belzébuth à son petit-fils » le saisira sans peine. Retrouver un tel ésotérisme au sein d’une école de commerce surprend et inquiète à la fois. Le public fréquentant ce genre d’école est jeune, encore influençable, donc beaucoup plus imprégnable qu’un public plus mûr. Et l’objet d’un établissement d’enseignement, notamment d’une école de commerce, est de véhiculer de la connaissance objective. Une telle association ne peut qu’inquiéter les parents et porter atteinte à l’image de l’établissement.

En outre, la mention de la psychosynthèse doit également inciter à la plus extrême prudence. En effet, dans son rapport publié en 2008, la MIVILUDES (Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires) attire l’attention sur cette « discipline« , considérée par la FF2P (Fédération Française de Psychothérapie et de Psychanalyse) comme une méthode de « dévoiement des pratiques psychothérapeutiques à des fins sectaires« . Ce n’est un secret pour personne que le coaching est un des masques préférés des sectes pour infiltrer la société civile. Voilà qui devrait alerter l’ESSCA davantage sur les risques qu’il fait courir à son image de marque, à l’heure où les questions d’e-réputation sont au centre des préoccupations des organisations, qu’elles soient associatives, commerciales ou même administratives.

Si, donc, Internet est le lieu de toutes les expressions, et Dieu sait que je suis un ardent défenseur de la liberté d’expression, j’invite toujours les participants auprès desquels je dispense des formations, qu’ils soient étudiants ou professionnels, à garder une distance critique et à ne pas prendre tout ce qui s’y dit pour argent comptant.

4 réflexions au sujet de « Le chargé de Veille met en garde contre une démarche de manipulation »

  1. J’ai l’impression que votre billet dénonce totalement l’initiative de l’ESSCA…Je partage tout à fait votre avis sur le fait de mettre en garde face à ce genre de sujet délicat. Mais l’ésotérisme ne tient pas forcément de la secte, à partir de là, je ne pense pas que la solution soit de se protéger de ce genre de sujet mais bien au contraire de se plonger dedans afin de mieux les comprendre et par conséquent les appréhender. Je pense donc que l’initiative de l’ESSCA est bonne car connaître un sujet aide à le maîtriser bien mieux que si on s’en protégeait. Et que l’on soit veilleur ou non, la curiosité permettant d’acquérir l’information, forme l’esprit.
    PS: voilà un blog utile et efficace

  2. Bonjour Morgan,

    Merci pour votre commentaire.

    Je ne dénonce pas l’initiative de l’ESSCA, je souligne simplement qu’à mon sens, qu’elle me paraît inappropriée. L’ésotérisme relève de la conviction plus que de la connaissance et, à ce titre, son enseignement ne s’impose pas au sein d’une école de commerce, dont la vocation est de favoriser l’intégration de futurs professionnels dans le monde du travail, un monde dans lequel l’ésotérisme n’a pas sa place.

    Maintenant, en admettant que l’ESSCA souhaite dispenser des connaissances ésotériques, car, après tout, je ne suis pas responsable pédagogique dans cette école, je doute qu’une personne qui semble affiliée à une démarche sectaire soit la plus indiquée pour l’enseigner. Il convient de rappeler que la secte est « un groupe coercitif, totalitaire, qui utilise des techniques de contrainte et qui s’appuie sur des manœuvres physiques ou psychologiques visant à mettre sous dépendance des individus au profit d’un manipulateur » (Jean-marie Abgrall). Dans ce cadre, et contrairement à l’influence, les intervenants avancent masqués pour faire entrer leurs victimes dans un processus de soumission librement consenti. Pour plus d’informations sur cette démarche, je vous invite à vous procurer le « Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens » de Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois, dont la citation d’un extrait me paraît s’imposer : « il s’agit d’obtenir d’autrui qu’il fasse de lui même ce qu’on souhaite le voir faire en utilisant des moyens détournés« . Il importe qu’un établissement d’enseignement dispensant des cours de commerce et/ou de marketing sache faire la différence entre l’influence et la manipulation et fasse entrer dans le cerveau de nos chères têtes blondes des notions d’éthique, ce qui leur évitera, plus tard, des errements préjudiciables à l’évolution de leur carrière. Le commerce est et doit rester une démarche d’influence. En s’aventurant sur le terrain de la manipulation, l’ESSCA met en péril son image de marque.

    Enfin, si l’ESSCA souhaite sensibiliser ses étudiants aux dangers de la mécanique sectaire, je doute qu’une personne qui, manifestement, est une adepte soit la mieux placée pour en parler.

    « On n’étudie pas l’anatomie d’un lion dans sa cage« .

  3. Il me semble qu’au même titre que l’école primaire n’apprend pas aux enfants qu’à lire et écrire mais les prépare aussi à « devenir grand », il me semble que les écoles de commerce ont le droit voir le devoir de sortir de leur base de formation qui est le commerce en permettant à l’étudiant d’accéder à d’autre univers aiguisant leurs cultures et leurs esprits.

    Concernant Le Petit Traité de Manipulation j’ai eu l’occasion de le lire, l’étudier et même le cartographier. J’ai une double formation école de commerce et intelligence économique, voilà pourquoi je me permets d’intervenir sur votre sujet. Ainsi je suis absolument en désaccord sur le fait que manipulation et commerce ne font pas bon ménage! Par ailleurs, si on comprend bien le Petit Traité, une bonne partie des situations décrites dans ce merveilleux ouvrages, sont des techniques commerciales! Usées et usées par nos commerciaux !
    Faire la différence entre influence et manipulation est un fait, exclure la manipulation d’un processus commercial est utopique ! De plus encore une fois, etudier ce genre de phenomene permet aussi de les detecter et de s’en premunir. Mais il me semble que l’on s’egare du sujet dans la mesure où l’on ne parle pas d’enseigner la manipulation aux étudiants mais bien du fait qu’ils risquent d’en être victime.

    Alors le problème semble plus être sur le choix du représentant plutôt que sur le fait d’assister à une conférence portant sur l’ésotérisme…
    Peut-être serait il judicieux d’ajouter à cette conférence un contradicteur.

  4. J’ai prit mon temps avant de répondre, mais j’avais vraiment cette envie de participer à ce débat.

    Car en dehors du fait de différencier Manipulation et Capacité à convaincre, et du fait que l’on va apprendre l’ennéagramme à des esprits encore malléables et qui auront confiance en leur école et leurs professeurs pour faire le filtre de ce qui doit et ne doit pas être assimilé et cela même si je rejoins tout à fait Monsieur Patrick Cuénot, nous ne pouvons passer à coté du fait qu’une école justifie un enseignement de ce type. Même avec un « opposant » dans le débat, qui dans ce cas ne permettrait qu’en fait de rendre l’exposé encore plus confus. Ce qu’une secte attend justement ; des esprits confus.

    Pour ce qui est du scientifique face à l’empirique, je suis assez partagé, même si je préfère tout de même encore suivre Monsieur Cuénot dans sa logique. Ne serait-ce que par principe conservatoire. Je mettrais mon bémol pour me garder une échappatoire ; celui de l’empirisme prouvé par la raison à défaut d’être prouvé par la science. Beaucoup de chose on été empiriquement trouvé avant d’être découvert scéniquement.

    Cependant je ne pense pas que l’ennéagramme soit scientifique ou empiriquement prouvé. Il en reste donc pour moi qu’il n’a pas sa place dans un enseignement tel que celui-ci. Surtout qu’il reste encore de nombreuses théories en management et intelligente économique qui sont plus à proprement « scientifique » ou « empirique » et qui n’ont pas le temps d’être évoqué pendant ces enseignements.

    Et pour revenir à ce que je voulais vraiment évoquer ; Quid du fait qu’une école donne un crédit si important à une théorie sectaire ?

    Il y a des priorités à mon sens.
    Apprendre oui, apprendre bien c’est mieux. Et pour cela je rejoins tout à fait Monsieur Cuénot.

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