Analyse de données

Les mots pour le dire : le cas de l’Intelligence Economique

Il n’est pas une conférence, un séminaire ou un débat sur l’IE au cours duquel un benchmark mondial de l’intégration par les entreprises de l’IE, même sommaire, n’est pas réalisé. Le Japon fait alors figure de précurseur, les Etats de culture anglo-saxonne seraient à la pointe alors que la France accuserait en retard. Ce retard serait, pour certains, imputable à des freins culturels. Dès lors se pose la question : comment implanter en entreprise, et notamment dans les PME, une culture de l’Intelligence Economique ?

Cette question en amène alors une autre : quelle sera la place accordée à l’Intelligence Economique au sein de l’entreprise ? A ce stade, la réponse à cette question se trouvera au cœur de la stratégie et de la culture de l’entreprise, qui est avant tout une affaire d’hommes (et de femmes). Par ailleurs, il serait pertinent d’étudier les différences entre management masculin et féminin, afin de savoir si l’un des deux est plus favorable que l’autre au développement de l’Intelligence Economique. De tels développements, absent de ce billet pour des raisons de cohérence, restent néanmoins présent dans les préoccupations et les réflexions menées sur le sujet.

Intelligence économique : un savoir-être…

A ce jour, de toutes les définitions fournies de l’IE, aucune ne semble permettre d’appréhender cette discipline dans son intégralité. Or, Michel de Montaigne le rappelait fort justement il y a plusieurs siècles : « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément ». Sans discours clair, et avec un vécu transversal et protéiforme, l’IE souffre donc d’une image floue qui complique l’affirmation de son existence et de son autonomie au sein de l’entreprise. La raison de cette opacité est simple : l’IE est avant tout une prise de conscience par l’organisation de l’environnement au sein duquel les acteurs de l’économie sont en relation tant entre eux qu’avec elle. Il ne suffit donc pas de décréter l’Intelligence Economique en entreprise pour la voir apparaître.

Les Directions des Ressources Humaines définissent la compétence professionnelle comme l’existence conjointe chez le candidat de trois éléments : le savoir, acquis au cours d’une formation et validé par un diplôme, le savoir-faire, ensemble de pratiques professionnelles dont l’acquisition résulte de l’expérience et le savoir-être, défini comme la  « capacité à s’adapter à des situations variées et à ajuster ses comportements en fonction des caractéristiques de l’environnement, des enjeux de la situation et du type d’interlocuteur. » C’est à cette catégorie seule qu’appartient l’Intelligence Economique. Voilà qui explique pourquoi la matière ne peut que soutenir une compétence principale, qu’elle soit financière, commerciale, relationnelle ou technique, acquise au préalable. Accessoirement, cela permet aux étudiants en recherche de stage ou d’emploi de mieux appréhender l’indifférence de certaines entreprises envers l’IE.

…mais aussi une compétence

Car voir l’IE comme une discipline qui ne se révélerait qu’à quelques initiés, à l’occasion d’une formation qui s’apparenterait alors aux Mystères d’Eleusis, et dont les apôtres évangéliseraient des dirigeants  d’entreprise béotiens relève, au mieux, de l’élitisme, au pire de l’esprit de clocher. Peu étonnant, dès lors, qu’une telle conception de l’IE ne touche pas les entrepreneurs, hermétiques à la Transcendance dans la conduite de leurs activités économiques. En outre, la notion d’« état d’esprit » s’apparente à un croisement entre « état de grâce » et « vue de l’esprit ». Le discours implicite caché derrière la formule explicite suggère que la matière n’aurait d’autre but que spéculatif.

Dans ces conditions, l’annonce de la mort imminente de quelques formations en IE présentes sur le marché, consécutive à une excédent du nombre d’étudiants par rapport aux nombre de postes disponibles, rentre dans une logique inéluctable d’assainissement.

Nul doute qu’une vision aussi dévalorisante que réductrice provoquera l’indignation des ambassadeurs de l’Intelligence Economique pour qui cette discipline est une matière à part entière.

Un enseignement, des postes

« L’Intelligence économique est un ensemble de concepts, méthodes et outils qui unifient toutes les actions coordonnées de recherche, acquisition, traitement, stockage et diffusion d’information pertinente pour des entreprises considérées individuellement ou en réseaux, dans le cadre d’une stratégie partagée. ». Vu sous cet angle, l’objet des formations ou des sensibilisations est multiple : transmission de définitions, de grilles de lecture et d’outils de compréhension mais aussi de processus humains et organisationnels…Audition d’entreprise, accompagnement du changement, éthique professionnelle : autant de composantes incluses dans la gamme des enseignements dispensés aux côtés des savoirs strictement professionnels : l’extraction de données, leur compréhension et leur diffusion. Mais le point central est que les formations en Intelligence Economique dispensent un savoir, point de départ de la compétence telle que précédemment définie.

Et loin d’être purement conceptuelle, cette discipline peut déboucher sur des postes, contrairement à l’opinion parfois répandue. Il est vrai qu’à ce jour, le marché français de l’emploi en Intelligence Economique reste encore jeune. La prédominance des offres de stage sur les offres d’emploi en est le révélateur. Quant à ceux qui évoquent la saturation du marché français, les opportunités existent hors des frontières nationales. Et les exemples précédemment fournis ne concernent que le marché ouvert. Car nul doute que les étudiants en cette matière, forts de leur initiation aux media sociaux et aux rencontres, qu’elles revêtent un caractère professionnel ou plus personnel, sauront mieux que d’autres se créer un tissu de relations sociales permettant d’obtenir, sur les entreprises et les postes à pourvoir, des informations « grises ».

Un bon parti pour certains professionnels

Par ailleurs, certains corps de métiers surveillent de près l’évolution de l’Intelligence Economique.  Les professions suivantes sont cités à titre d’exemples les plus parlant.

Par la voix de son Syndicat, le CNSP-ARP (Conseil National Supérieur des Agents de Recherche Privé), les Agents de Recherche Privé, également appelé détectives privés, revendiquent l’intégration des activités d’Intelligence Economique dans le giron de la loi n° 83-629 du 12 juillet 1983, qui réglemente les activités privés de recherche. Sous couvert de protection des libertés fondamentales, la profession cherche à se placer comme partenaire des entreprises. Un indice qui montre qu’aux yeux de certains, la mariée Intelligence Economique présente un attrait loin d’être virtuel.

Mais d’autres prétendants sont en lice, qui n’hésitent pas à se poser en professionnels de l’Intelligence Economique : les documentalistes. Ceux-ci qualifient eux même leur travail de veille documentaire et revendiquent leur expertise pour « donner du sens » à l’information.

Enfin, il convient de mentionner la profession d’éditeur de plateformes de veille, dont les produits servent les professionnels de l’Intelligence Economique au plus près de leurs besoins. Pour eux également, les multiples déclinaisons de la matière revêtent un caractère bien concret.

Intelligence économique en entreprise :  un territoire a conquérir

Au final, l’Intelligence Economique, à l’instar du commerce ou de la finance, se caractérise certes par un savoir-être, mais aussi par un savoir et un savoir-faire. L’offre d’emploi française relativement asthénique, et la réticence des entrepreneurs français à intégrer les professionnels de la matière au sein de leur organigramme d’entreprise ne doit pas constituer un frein. Les étudiants épris de cette discipline doivent néanmoins, et sous peine de cruelles désillusions, prendre conscience que l’obtention de leur diplôme ne constituera pas un sésame ouvrant toutes les portes et que leur insertion et leur évolution professionnelle ne ressemblera pas à un long fleuve tranquille.

Il importe, cependant, que les professionnels de la matière adoptent une terminologie à la fois dénuée d’ambiguïté, moins brumeuse et plus en phase avec les besoins des entreprises, en évacuant notamment certaines formules parasites de nature à les détourner de cette discipline. L’Intelligence Economique à tout à gagner à sortir de sa bulle virtuelle pour revêtir un habit plus formel. L’un de ses domaines de compétence, l’influence, repose avant tout sur l’accessibilité du discours. Ce n’est donc pas uniquement le contenu du camembert qui emportera les adhésions, mais aussi son nom et son logo sur l’étiquette.

Par ailleurs, le champ d’investigation et de réflexion des professionnels s’élargira avec profit de l’Hexagone vers une Europe, au cœur de laquelle beaucoup reste à faire. Rien de tel qu’une démarche de décloisonnement pour séduire de nouveaux adeptes.

Une réflexion au sujet de « Les mots pour le dire : le cas de l’Intelligence Economique »

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