Analyse de données

Commerce international : quel est votre dispositif de veille ?

Nombre de blogueurs, que ce soit sur l’Intelligence Economique ou dans d’autres secteurs, profitent du calme de la période estivale pour aller bronzer sur les plages de sable fin. Si le repos est salvateur avant la reprise des hostilités en septembre, il n’en reste pas moins vrai que certaines informations sortent pendant cette période propice au farniente. Ceux qui ne dormaient que d’un œil ont vu passer ces deux là : le taux de TPE et de PME françaises et le bilan de la balance commerciale du premier semestre 2010.

99,8% de TPE et de PME. Le bulletin de l’IFOP est sans appel. Le paysage entrepreneurial français se compose de petites unités économiques, qui pourraient tirer parti de la baisse de l’euro pour se lancer sur les marchés internationaux.
Les deux faits saillants du développement des exportations françaises au premier semestre 2010 sont les progressions enregistrées dans les secteurs de l’aéronautique (+ 10 %) et la pharmacie (+ 6 %) et dans les grandes économies émergentes, comme la Chine (+ 36 %) et le Brésil (+ 51 %). Résultat : la part relative de l’Asie et de l’Amérique a progressé respectivement de 1,2 point et 0,8 point. Ces deux continents représentent ainsi 11 % et 10 % du total, loin, toutefois, derrière l’Union européenne (61 %). En valeur, les expéditions dans l’UE ont gagné 2,7 % à 112,6 milliards d’euros.

« Les relais de croissance ne se trouvent sans doute plus aux Etats-Unis, le salut de la performance à l’export passe par les pays émergents« , confirme Pierre-Olivier Beffy, chef économiste d’Exane.

Aéronautique : du plomb dans l’aile
Mais le tableau général brossé pour les exportations françaises comporte des zones d’ombre : sur le secteur aéronautique, Dassault éprouve les pires difficultés à exporter un Rafale considéré trop cher pour ce qu’il est, EADS peine à imposer son avion-ravitailleur aux Etats-Unis et les russes viennent de mettre fin aux négociations exclusives avec la France pour l’achat de porte-hélicoptères Mistral. C’est dire si, malgré son positionnement, la France se heurte à une concurrence de plus en plus agressive, notamment de la part des lobbies militaro-industriels américains pour EADS ou russes pour le Mistral.

D’autre part, Marc Touati, Directeur des études économiques et financières chez Global Equities relativise le bon résultat du deuxième semestre 2010 : l’augmentation de la consommation et celle de l’investissement ont été largement absorbées par la flambée de 4,2% des importations. Cela signifie donc que la petite reprise hexagonale profite pour le moment davantage à nos partenaires internationaux. Un point de vue relayé par Nicolas Bouzou, économiste au cabinet Asterès : « Finalement, l’économie française retrouve ses travers d’avant-crise avec une demande intérieure dynamique, mais largement satisfaite par les importations et qui peine donc à entraîner la croissance. »

PME : Peut Mieux Exporter
Pour Robert Haehnel, consultant en stratégie d’entreprise, la solution passe par la présence des PME françaises sur les marchés internationaux. La mentalité des dirigeants de PME françaises n’est guère aussi aventurière que celle des grands groupes. Alors qu’ Outre-Rhin, les « petites PME » sont également de solides exportatrices, plus de 65 % des dirigeants de PME françaises déclarent ne pas être concernés par l’international. Les stratégies de développement restent au niveau local, régional ou national. Et tant que cette situation durera, le déficit des échanges extérieurs français se dégradera.

Or, avec la qualification de la main d’œuvre et des investissements croissants en recherche et développement, la situation des pays émergeant a bien changé: aujourd’hui, les PME françaises se retrouvent en concurrence directe avec des entreprises venues de Chine, d’Asie, du Brésil et d’ailleurs qui proposent des produits pour lesquels la France avait autrefois un véritable savoir-faire.

Dès lors, les PME françaises se trouvent attaquées sur leur marché intérieur, par des concurrents qui menacent une situation que ces dirigeants croyaient acquise. Et leurs investissements directs à l’étranger (IDE), points d’ancrage pour le développement futur des exportations par la conquête de nouveaux marchés, se révèlent inexistant ou insuffisants. Le risque est fort de voir les PME françaises tomber, par achats successifs, sous l’emprise d’une ou plusieurs puissances étrangères. Un tel procédé n’est pas sans rappeler le jeu de Go, jeu asiatique, par lequel chacun des joueurs s’efforce de conquérir des territoires en emprisonnant les pions de son adversaire. L’économie française participerait alors à l’enrichissement d’autres Etats, sans en subir les retombées. C’est contre ce risque d’annexion économique que l’Etat français doit se prémunir.

Pourtant, la Commission Européenne est formelle : les PME internationales sont plus innovantes et créent davantage d’emploi que celles dont la stratégie de développement reste nationale.

Mais voilà que des nuages viennent obscurcir l’horizon. « les signes de ralentissement de l’économie chinoise observés à partir de juillet, associés à une partielle réappréciation de l’euro vis-à-vis du dollar » pourraient conduire à une baisse des exportations hors d’Europe, prévient Alberto Balboni, économiste chez Xerfi. Madame Lemoine, économiste chez HSBC, est plus complète : « “la demande étrangère adressée à la France pourrait s’affaiblir”, estime t-elle. En raison des plans d’austérité mis en œuvre dans les pays européens, qui sont les principaux débouchés des entreprise françaises. En raison également “de l’ampleur moindre du plan de relance américain” et du “refroidissement de l’économie chinoise”.

De l’export à l’influence et de l’influence de l’export
A ce stade, l’intérêt porté par un chargé de veille à l’activité commerciale de la France pourrait susciter des interrogations quant à sa pertinence. Le commerce international n’entre pas, a priori, dans le champ d’investigation de l’Intelligence Economique. Sa mission de défense des intérêts de l’entreprise porte plutôt sur la protection du patrimoine immatériel de l’entreprise, notamment son savoir, son savoir-faire et sa réputation. Quant à ses missions offensives, elle relève de l’influence, sous toutes ses formes.

C’est sur ce dernier aspect que l’examen de l’état des relations commercial de la France présente pourtant un intérêt. L’état de la balance commerciale constitue, pour l’observateur avisé, l’un des outils d’évaluation de l’enrichissement ou de l’appauvrissement d’un Etat. Or, plus un Etat est riche, plus il est influent, notamment dans les débats supra-nationaux. Et à l’inverse, plus il est pauvre, moins il pèse dans les prises de décisions.

En outre, l’exportation constitue une vitrine du savoir-faire d’un Etat en matière de production industrielle ou de prestations de service. Et les entreprises, toute taille confondues, sont les « agents d’influence » de cet Etat. Rôle que refusent de jouer les PME françaises en se concentrant sur un rayonnement local, régional ou national. Comment l’Etat peut-il réagir face à cela ? En nationalisant toutes les PME ? Il quitterait alors les rails de l’économie libérale pour s’engager sur ceux d’une économie dirigiste, dont la faillite dans d’autres Etats a clairement montré les limites. L’une d’entre elles serait notamment un exode massif des entrepreneurs en des terres plus accueillantes, notamment celles des Etats qui auront condamné et sanctionné une telle décision, et une explosion des chiffres du chômage, qui pourrait, à son tour, provoquer une vague d’émigration, privant une France dont la démographie ralentit, comme celle de tous les Etats d’Occident, de savoir-faire indispensable à son rayonnement économique et commercial. La carence de main d’œuvre ne laisserait alors pas d’autres choix que le recours à l’immigration, et une exacerbation des sentiments racistes. Pourtant, comment faire boire un âne qui n’a pas soif ? La négociation avec les organisations professionnelles d’entrepreneurs semble la seule issue, dans un Etat où l’entrepreneuriat privé ne jouit pas d’une bonne réputation.

Intelligence Economique : ouvrez, ouvrez la porte à l’export
Cette ignorance des réalités du commerce international va de pair avec le peu d’intérêt porté par les PME à l’Intelligence Economique qui, outre ses missions offensives et défensives précédemment décrites, se propose, dans ses missions préliminaires de veille stratégique, de collecter et analyser les informations nécessaires à la prise de décisions. Dans son rapport, publié en 1994, Henri Martre soulignait d’ailleurs que la mise en œuvre d’une politique d’Intelligence Economique permettrait aux décideurs régionaux d’intervenir sur les aides octroyées à l’exportation. Or, en restreignant leur champ d’action, les PME restreignent corrélativement leurs besoins en informations sur leur environnement économique. Le besoin en Intelligence Economique au sein des PME est peu exprimé, mal cerné et donc difficile à satisfaire. Pourtant, le fait de se développer à l’international, même si c’est avec un chiffre d’affaire à l’export initialement faible, met l’entreprise dans une situation de marché nouvelle qui peut provoquer l’émergence d’un besoin de veille stratégique ou d’Intelligence Economique. Il reste alors à l’entreprise à trouver un professionnel maîtrisant la langue anglaise, condition incontournable à l’international, familier avec les outils de recherche sur Internet (moteurs de recherche, meta-moteurs, annuaires…), disposant d’une expertise pour extraire des données sur Internet grâce à l’élaboration d’équations de recherche et les analyser en les replaçant dans un contexte global tout en cumulant ouverture d’esprit, curiosité et rigueur. Alors que septembre approche, voilà la chasse ouverte…

Bibliographie
Le poids des TPE
Balance du commerce extérieur au deuxième semestre 2010
Faiblesses du commerce extérieur français
La baisse de l’euro est une aubaine
L’Allemagne, un modèle pour les PME françaises
Les PME internationales sont plus performantes
Comment amener les PME françaises à exporter
Croissance française : attention à l’arbre qui cache la forêt
France : une croissance en trompe-l’œil
Le rapport Martre sur l’Intelligence Economique en France
Stratégies des PME et pratiques d’Intelligence Economique et de Veille Stratégique

6 réflexions au sujet de « Commerce international : quel est votre dispositif de veille ? »

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