Collecte de données en ligne

Chargé de Veille : plus qu’un job d’étudiant, un vrai métier

En attendant le résultat de l’enquête « Emploi et IE 2009 », il est toujours instructif de se replonger dans les résultats de celle diffusée en février 2008. Deux statistiques retiennent mon attention :

– Plus de la moitié des personnes interrogées (55,78 %) ont entre 25 et 35 ans

Plus de la moitié (55,8 %) des personnes interrogées ont encore moins de 5 ans d’expérience

En recoupant cette statistique avec cette annonce, je m’interroge : les enjeux de la veille et de l’Intelligence Economique ont-ils été compris et assimilés par les dirigeants d’entreprises, à défaut de l’avoir été par les DRH ?
Ces deux constats appellent, à mon sens, deux commentaires. La veille est aujourd’hui devenu un métier à part entière (I), qui devrait être confiée à des professionnels compétents (II).
I Chargé de veille : un vrai métier

Un métier se caractérise par ses compétences propres : savoir, savoir-faire, savoir-être.
Savoir : C’est la formation nécessaire et préalable à l’exercice du métier. Depuis le 23 mai 2005 existe un référentiel de formation pour les métiers de l’Intelligence Economique, qui inclut la veille.

Savoir-faire : C’est l’ensemble des compétences techniques nécessaires pour l’exercice de la profession. Ces savoir-faire sont clairement identifiés pour les métiers de la Veille.

Savoir-être : C’est la capacité à adopter des comportements adaptés à la spécificité des situations rencontrées. Le chargé de Veille dispose des qualités suivantes :

  • Réactivité
  • Sens du travail en équipe
  • Sens de l’organisation
  • Capacité rédactionnelle
  • Esprit d’analyse
  • Capacité de raisonnement déductif
  • Esprit de synthèse & de vulgarisation
  • Autonomie…

A l’issu de cet examen, la fonction de chargé de veille apparaît clairement comme un métier spécifique, même si son caractère parfois transversal le rend difficile à classer au sein de l’entreprise. Le confier exclusivement à de jeunes professionnels montre, de la part des dirigeants, une méconnaissance de son impact sur l’activité de l’entreprise. Il appartient aux organismes publics ou privés partenaires de l’entreprise d’intensifier le travail pédagogique de sensibilisation.

II Les « quadra » : des professionnels compétents mais ignorés

« Aux âmes bien nées la valeur n’attend point le nombre des années » écrivait Pierre Corneille. Pourtant, ces jeunes salariés, courtisés par les entreprises, sont ceux qui reçoivent les salaires les moins élevés de par leur inexpérience. A fortiori lorsqu’ils sont stagiaires…Les mêmes entreprises, soucieuses de préserver leur performances économiques, rechignent à recruter des salariés plus âgés, dont l’expérience justifie des salaires plus élevés. A l’appui de cette réticence, les entreprises invoquent une plus grande adaptabilité des « juniors » aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, dont leurs aînés ne bénéficieraient pas.

Petit rappel historique : Internet voit le jour en 1990. La génération âgée de 25 ans à cette époque avoisine les 45 ans aujourd’hui. Elle bénéficie d’une expérience de près de 20 ans de recherche d’informations sur la Toile. Plus encore si on y ajoute l’expérience acquise sur le Minitel. Le savoir-faire des « forty » n’a donc rien à envier à celui des « twenty » en matière de collecte de données.

Mais le chargé de veille remplit également une mission d’analyse de l’information collectée. L’enjeu de l’analyse est d’éviter la surinformation, qui paralyse l’action, grâce à la compréhension des problématiques. Or, l’expérience des « quadra » ; leur confère une capacité de réflexion, de prise de distance ainsi qu’une vision globale qui fait défaut à leurs cadets, dépourvus d’expérience professionnelle.

Les DRH l’ignorent, traumatisés qu’ils ont été par l’« informatisation » de la génération issue du « baby boom ». Or, les quadragénaires d’aujourd’hui ne sont pas les quinquagénaires d’hier. Ils pourraient même, au sein de l’entreprise, encadrer des jeunes chargés de veille trop souvent livrés à eux mêmes, tant le reste de l’entreprise ignore comment aborder leur métier.

A l’heure où se développe la course à la compétitivité dans des environnements humains et économiques en perpétuelle mutation, la veille et l’Intelligence Economique sont les outils indispensables à l’entreprise pour surfer au cœur d’un écosystème en évolution permanente, voire anticiper la prochaine vague. La survie de l’entreprise reposera alors sur la qualité de son effectif et la mise en œuvre d’un véritable processus de veille.

8 réflexions au sujet de « Chargé de Veille : plus qu’un job d’étudiant, un vrai métier »

    1. Bonjour,

      Merci pour votre intérêt.

      Je confirme : j’ai 44 ans et suis en recherche d’emploi. Vous trouverez mon CV sur http://pcuenot.cv.fm/

      Pour autant, je ne pense pas que ma situation personnelle invalide mon propos. Les éléments que je fournis à l’appui de ma position sont des faits objectifs aisément vérifiables. J’aurais pu en développer d’autres : RSE, non discrimination… mais je me serais alors éloigné du sujet.

  1. Merci pour cet article. En effet, le métier de chargé de veille est encore relativement méconnu d’où l’intérêt de votre article.

    Je suis tout à fait d’accord avec vous sur le fait que la compétitivité de l’entreprise repose sur la mise en place d’une veille de qualité au sein des entreprises.

    Trop peu d’entreprises y sont sensibles.
    C’est à nous, professionnels de l’information, de contribuer à cela.

    1. Bonjour,

      Pour la promotion des métiers de la veille, et comme je l’ai d’ailleurs écrit, il me semble qu’elle relève aussi des organisations professionnelles, comme la FePie, par exemple.

      Maintenant, à mon sens, une place reste également à prendre comme leader ou guide d’opinion par une entreprise spécialisée dans ce secteur, et pourquoi pas la vôtre ? Cela vous permettrait d’asseoir votre réputation sur le secteur, mais nécessiterait une approche de Web communication : chat, participation aux discussions sur le Web conversationnel (blog, forum…), création d’un blog d’entreprise, d’un site Internet d’information…les solutions ne manquent pas.

  2. Bonjour,

    Merci pour cet article dont la vision est partagée par de nombreux veilleurs.

    A mon avis, il faut faire une différence entre veille et recherche d’informations…
    La veille consiste en la mise en surveillance et à l’analyse. Celle-ci peut effectivement être effectuée par une personne spécialisée dans son domaine (ingénieur) et formée à la maîtrise d’un outil d’agrégation de données (type RSS).

    La recherche d’information, quant à elle, nécessite un ensemble de méthodologies (recherche, sourcing, qualification des sources) qui ne peuvent être abordée par des « non spécialistes ».

    Quant au marché, je m’étais amusé à rédiger une petite analyse à partir des offres publiées sur Veille et Tic (je me permet un lien) : http://caddereputation.over-blog.com/article-35221762.html

    Merci encore.

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