Découvrez ces mots qui vous dévoilent

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« Cette récompense illustre les efforts et l’engagement de chacun des collaborateurs »

Voilà une phrase a priori anodine, qui pourtant est lourde de sens pour celui qui la comprend.

La récompense désigne un avantage patrimonial ou extra patrimonial accordé à une personne pour service rendu. Voilà qui rappelle le fief médiéval : un territoire octroyé par un seigneur à son vassal pour services rendus. Or, on ne récompense pas son égal, mais uniquement son subordonné.

L’emploi d’un tel mot n’est donc pas neutre : il signe une culture d’entreprise fortement hiérarchique, conforme à l’image culturelle que dégage la France : une forte concentration du pouvoir et de multiples échelons hiérarchiques pour mieux inféoder le subalterne à son supérieur. Le réseau routier français articulé autour de la capitale en est le témoin criant. Ce qui n’empêche pas ledit subalterne de dire à son supérieur ce que ce dernier souhaite entendre, quitte à faire le contraire derrière son dos. D’où la réputation d’indiscipline qui poursuit les habitants de l’Hexagone. D’où, également, des rapports sociaux parfois tendus et souvent conflictuels, le sommet regardant avec condescendance une base soucieuse de ne rien concéder de peur de paraître faible. D’où, enfin, un service clientèle fortement lié à un hommage préalable du client à la marque et à ceux qui la commercialisent.

Mais la notion de récompense a son opposé/complémentaire : celui de sanction. Et la main qui récompense punit également. Nous voilà plongé dans un univers autocratique gouverné par un cercle d’élus, issus de la R&D, de la finance ou du marketing, plus rarement des RH. Cette élite interne, qui se reconnaît aux privilèges qui lui ont été octroyés ou qu’elle s’est arrogé, se sent investi d’un pouvoir discrétionnaire sur les autres, qu’elle a pour mission d’encadrer, voire de fliquer. Et cette mission d’encadrement passe par la promotion de certains et la réprimande d’autres, au gré de l’évaluation des performances. Car dans ce monde, tout est arbitraire, et celui qui a été encensé et porté aux nues peut, du jour au lendemain, se retrouver vilipendé et relégué. Pour chacun, le maintien de sa place au sein du groupe est donc un combat permanent. Un peu comme au sein d’une meute de loups.

Dès lors, lorsque le document précise que : « l’entreprise a repensé son organisation en inversant la pyramide hiérarchique traditionnelle », le lecteur de la phrase, au regard de ce qui a été précédemment évoqué, ne peut qu’être sceptique.

Et ce qui vaut pour une culture d’entreprise l’est également pour une culture personnelle. Le paternalisme colonial d’Hubert Bonnisseur de la Bathe en est l’hilarante illustration :

Une astuce argumentative pour légitimer une prise de position discutable

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Poursuivons notre promenade dans les petits sophismes du Web quotidien.

En prestidigitation, l’exécutant d’un tour attire votre attention ailleurs pour réaliser son trucage. Cela s’appelle la « misdirection« .

Ce phénomène se retrouve sur le terrain de l’argumentation. Et nos journaux nous en fournissent parfois des exemples savoureux, comme en témoigne cet article de presse.

Il ne s’agit pas de déterminer, de manière fort binaire par ailleurs, qui a raison ou qui a tort, mais de souligner l’utilisation d’une tactique argumentative spécieuse : le sophisme de la double faute. Ce sophisme se propose d’implanter dans l’esprit de vos interlocuteurs l’idée que votre mauvaise action ou votre prise de position contestable se justifie par celle commise antérieurement par autrui, qu’il s’agisse d’un tiers ou de vos interlocuteurs eux mêmes. Une façon fort commode de se dédouaner tout en battant sa coulpe sur le dos de quelqu’un d’autre. La loi du Talion « oeil pour oeil, dent pour dent » s’inscrit d’ailleurs dans cette même logique. La « misdirection » de ce sophisme consiste à attirer votre attention sur la mauvaise action ou la parole condamnable du contradicteur ou de celui qu’il défend pour masquer ou minorer celle de l’orateur ou de celui qu’il défend.

Internet reste donc, plus que jamais, un magnifique laboratoire du comportement humain.

Pour les Community Managers : ce qui se cache derrière les chiffres

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Tout d’abord, je vous invite à découvrir le billet de Christophe DORE, dont le contenu prolonge mes réflexions.

Du coup, voilà une ficelle de plus, qui habille tant de communications que vous n’y prêtez même plus attention : les chiffres et les statistiques en tous genres.

En relever une a donc été d’autant moins difficile que celle ci porte sur la nécessité de la veille commerciale pour booster la prospection.

Tout d’abord, l’argument du chiffre émane de personnes pour qui tout se pèse, se compte ou se mesure.

Les mots sont les révélateurs des pensées. Et ceux qui raccrochent toutes leurs affirmations aux chiffres, aux pourcentages, au statistiques réduisent le monde à son seul aspect quantitatif.

Mais cette façon de présenter les choses permet de les faire passer pour ce qu’elles ne sont pas : des vérités scientifiques.

Ce procédé s’appelle le syndrome de Gröger. Et par ce procédé, tous les points de vue, même les plus saugrenus, acquièrent, par la magie de quelques chiffres assénés comme des vérités irréfragables, une force de conviction insoupçonnable.

Pour vous en convaincre, je vous propose la lecture de ce billet sur les outils d’analyse d’un compte Twitter. Quels sont les deux premiers outils proposés ? Bingo ! Des outils statistiques. Une occasion de rappeler que visibilité n’est pas synonyme d’influence.

Et comme le disait si bien Benoît Poelvoorde lorsqu’il interprétait Monsieur Manatane : « En vous remerciant, bonsoir« .

Aborder l’information avec un regard critique : 3 ficelles dévoilées

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Continuons notre promenade dans le monde merveilleux des sophismes, tels qu’Internet nous les diffuse quotidiennement.

Comme vous le savez désormais, la science n’est pas infaillible.

Il en résulte donc que toutes les évolutions qui nous sont présentées comme inéluctable au nom de la science ou de la technique ne sont pas à prendre pour argent comptant.

C’est pourtant ce que sous-entend un article publié par Atlantico sous le titre « Pourquoi nous avons désespérément besoin de mots nouveaux pour décrire notre futur« .

Sans diminuer ou dénigrer l’intérêt de cet article, que je vous invite par ailleurs à lire, il est surprenant de constater que le contenu de cet article repose sur (au moins) trois sophismes :

1 – L’auteur : il s’agit d’un « chercheur en histoire des idées linguistiques à l’Université de Cambridge« . Donc un expert, dont la parole ne saurait être mise en doute. Et s’il nous dit que les avancées scientifiques et techniques nous obligeront à inventer des mots nouveaux, alors c’est la vérité. Nous voilà, dès le début de notre lecture, en plein argumentum ad verecundiam, ou, en bon français, argument d’autorité.

2 – « désespérément«  : par le pouvoir d’un seul mot, nous voilà plongé dans une démarche émotionnelle. Or, le recours à l’émotion est la recette la plus ancienne pour couper court à la réflexion critique.

3 – « Mots nouveaux«  : tout l’article repose sur le postulat que le vocabulaire actuel ne suffit plus à exprimer des concepts ou des réalités dans un monde en perpétuelle mutation, et que seuls l’émergence d’une sémantique inédite le permettra. Cela rappelle un sophisme couramment utilisé dans le monde de la publicité (mais pas que) : l’argumentum ad novitatem, ou l’argument de la nouveauté.

Le professionnel de la veille, avant d’intégrer une information dans son corpus de connaissances, se doit donc de la passer au crible de l’esprit critique.

Veille stratégique : la science n’exclut pas l’erreur

Internet est décidément un vivier à nul autre semblable pour illustrer les sophismes et autres arguments fallacieux auxquels nos interlocuteurs ont recours pour nous amener à partager leurs opinions.

La preuve : pas plus tard que ce matin, j’ai lu avec intérêt un article intitulé « la science le confirme, Facebook vous connaît mieux que votre meilleur ami !« .

Que le réseau mis en place par Mark Zuckerberg dispose de données détaillés sur ceux qui le fréquentent assidûment n’étonnera personne. Nous y mettons tous chaque jour un peu de notre quotidien. Nos images et nos mots permettent donc même à un médiocre adepte du hot reading de dresser notre portrait.

Par contre,  l’appel à l’autorité scientifique pour rendre une telle évidence indiscutable relève d’un sophisme répondant au nom latin d’argumentum ad verecundiam. En bon français, l’argument d’autorité. Une figure rhétorique qui consiste, pour celui qui l’invoque, à se retrancher derrière une autorité ou un expert supposé incontestable, l’autorité suprême étant divine.

Animal social s’il en est, l’être humain a besoin de se soumettre à une autorité. L’expérience de Milgram l’a clairement démontré. Et la science est une autorité comme une autre.

Détenir l’autorité ne met cependant pas à l’abri des erreurs. Et la science s’est parfois trompé : au XVIIe siècle, certains médecins ont tenté de soigner des malades mentaux en leur transfusant du sang de chien ou de mouton. Et les nutritionnistes du XIXe siècle ont popularisé, à tort, la croyance selon laquelle les épinards contiendraient une grande quantité de fer.

Le chasseur de signaux en ligne, qu’il se nomme veilleur, analyste, Knowledge Manager, Community Manager ou autres, se doit donc de rester vigilant lors de sa collecte de données. En la matière, le doute scientifique reste de mise.

Pourquoi l’analyse de l’information est zappée en entreprise : la vraie raison

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Une lectrice de mon blog, après avoir lu mon précédent billet, s’étonnait que les entreprises ne prennent plus le temps d’analyser les résultats de leurs actions.

La raison en est simple : ils ignorent comment analyser : quelle méthodologie utiliser ? Comment donner du sens à des signaux à la fois multiples et épars pour en tirer des informations à la fois sur les changements qui transforment leur environnement économique, mais aussi sur les changements à réaliser au sein de la structure dans laquelle ils évoluent pour assurer sa pérennité ? Or, dans ses travaux réalisés en 1961, Daniel Ellsberg, ancien analyste de la RAND Corporation, a démontré que les gens ont pour règle de base d’éviter les options pour lesquelles tout ou partie de l’information leur manque. On appelle cela le biais d’ambiguïté. Ce biais cognitif entraîne une altération des capacités de jugement. Du coup, les gens confondent signaux, informations et connaissances, et préfèrent penser qu’une grande quantité de signaux permettra de faire l’économie du travail d’analyse, pourtant indispensable pour construire pas à pas une structure entrepreneuriale ou associative stable et pérenne.

La solution consiste donc à fournir aux gens des grilles de lecture et des outils faciles à mettre en oeuvre pour leur rendre ce travail d’analyse plus accessible. Et puis, leur apprendre aussi à dire NON au diktat du « tout urgent« . Trop d’urgence tue l’urgence.

D’ailleurs, posez vous la question : le jour où il s’agira de monter dans le corbillard, serez vous aussi pressés ?

Quelques astuces pour réaliser une analyse prospective

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Bonjour à tous.

Tout d’abord, je vous remercie de votre fidélité et vous présente mes voeux pour cette année 2015.

Une année qu’a tenté d’imaginer, 15 ans auparavant, le Conseil National du Renseignement Américain. Le résultat mélange, comme toujours, des hypothèses devenues réalité, comme la montée en puissance de la Chine, et d’autres, restées purement fantaisistes, comme la réunification des deux Corées.

En ce sens, Atlantico, qui rapporte le résultat de cet exercice de prospective, évite le piège du biais rétrospectif.

Une phrase retient toutefois l’attention : « Pour les auteurs de ce rapport, la mondialisation était le maître-mot du monde version 2015. Et si cette mondialisation assurait une certaine stabilité, elle engendrait également des bouleversements majeurs qui modifieraient le rapport de forces au niveau international. »

Et là, sourire…

Cette formule ne manquera pas de rappeler aux spécialistes de la manipulation une des composantes de tout bon « effet Barnum » : la juxtaposition des contraires. Une technique qui permet de passer, aux yeux d’un profane, pour un visionnaire.

Or, le Conseil National du Renseignement Américain ne se compose pas de diseuses de bonne aventure, mais d’experts possédant, de surcroît, une base de données de statistiques conséquentes. Une base qui leur a vraisemblablement permis d’avancer sans prendre trop de risques la montée en puissance de la Chine. La prééminence chinoise dans l’environnement économique mondial reste discutée.

Cet article fournit deux pistes aux prospectivistes en herbe désireux de formuler leurs propres prédictions :

1 – L’avenir se construit au présent : réalisez une étude approfondie de l’environnement dans lequel évoluent les acteurs et des relations qu’ils entretiennent. Et gardez à l’esprit que les statistiques sont un guide et non un dogme.

2 – L’avenir de votre interlocuteur sera ce qu’il en fera : « Nul vainqueur ne croit au hasard » écrivait Nietzsche. L’avenir n’est pas écrit. Notre situation présente résulte de nos choix passés, et notre situation future résulte de nos choix présents. L’essentiel du travail de prospective consistera donc à comprendre les choix de votre interlocuteur au regard de l’état de son environnement.