Veille : peut-on se passer des moteurs de recherche ?

« Les professionnels de la Veille, ces êtres étranges semblant venus d’une autre planète.

Leur destination : le Web.

Leur but : en faire leur univers.

Je les ai rencontré.

Pour moi, tout a commencé par une formation dispensée le 12 juin 2013, à l’occasion du Salon I-Expo devant un parterre de professionnels, alors qu’ils cherchaient une alternative au « tout Google » que jamais ils ne trouvèrent.

Cela a commencé par un discours sur la prééminence des sources de données sur les outils de recherche, et par un auditoire trop las pour me suivre sur cette route.

Maintenant, je sais que les fonctionnaires du Web sont là, qu’ils ont investi les grands groupes et qu’il me faut convaincre un monde incrédule que le cauchemar a déjà commencé…« 

« Vous dites ce que vous faites, et vous faites ce que vous dites« . Cette phrase, lancé par un de mes enseignants à l’issu d’une présentation calamiteuse résonne encore dans mon esprit.

Plutôt que de me répandre en imprécations contre une certaine routine intellectuelle qui semble s’emparer de mes confrères, alors que faire de la veille, c’est inventer chaque jour de nouveaux moyens d’accéder aux données, j’ai décidé de montrer l’exemple, et de me lancer un pari : trouver des données sur des sujets sans recourir aux moteurs de recherche.

Seul obstacle : pour que l’expérience soit objective, les thèmes de recherche devaient venir de l’extérieur. Je remercie donc les personnes qui m’ont soumis ces deux sujets et ont contribué, par leur participation, à l’objectivité de cette expérience.

Entrons, sans plus attendre, dans le vif du sujet :

Thème n°1 : les fromages européens

Le travail de détection des sources m’a pris entre 1h30 et 2h00.

Pearltrees

Le social bookmarking est trop souvent sous-estimé, voire ignoré. Il constitue pourtant une source intéressante de données validée par des gens qui s’intéressent à la question. En outre, il permet parfois l’accès à des newsletters en format .pdf, plus difficiles à trouver (du moins, sans Google). Cette source présente l’intérêt de soumettre au chercheur d’autres sources, susceptible d’aborder le sujet. L’interrogation du moteur de recherche interne permet notamment de trouver le « Journal of Food Science« , qui aborde une thématique technique liée à l’élaboration du fromage.

Twitter

Tous les professionnels du marketing et de la communication externe connaissent désormais le réseau social à l’oiseau bleu comme outil de visibilité, de présence en ligne, donc d’influence. Pourtant, paradoxalement, peu de professionnels de la Veille pensent à s’en servir. Ce faisant, ils se privent de la formidable puissance de l’Intelligence Collective, dont le fondement repose sur le postulat que deux têtes contiennent bien plus de données qu’une seule. Or, avec Twitter, le professionnel de la veille bénéficie du travail de toute une communauté qui veille les même sujets. Et les fromages européens y sont présents, pour peu que vous tapiez la recherche adéquate.

Petite parenthèse : les mots-clé et les opérateurs booléens que j’ai utilisé pour mener cette recherche documentaire sont primaires, voire primitifs, j’en suis conscient. L’objectif de ma démarche a moins été d’épuiser le sujet que d’ouvrir des routes parallèles à celles que tout le monde parcourt.

Pourtant, même cette recherche primaire aboutit à des résultats intéressants. Il permet, tout d’abord, de découvrir les acteurs du marché : des vendeurs, des producteurs

Mais Twitter permet également d’accéder à des sources qui évoquent les thèmes recherchés. Ces sources disposent de leur propres moteurs de recherche, qu’il est ensuite aisé de surveiller grâce à un fil RSS. L’ensemble de ces fils, rassemblés sur un agrégateur, permet de disposer d’un fonds documentaire sur lequel s’appuyer pour collecter des données.

Facebook

Contrairement à Twitter, l’accès à l’autre poids lourd des médias sociaux nécessite l’introduction d’un e-mail et d’un mot de passe, donc l’ouverture d’un compte ou l’utilisation d’un compte déjà existant. Cependant, ceci fait, la recherche y reste possible et vous ouvre l’accès aux pages des professionnels, mais aussi aux groupes existant sur le sujet. Un excellent outil de veille d’opinion…

Viadeo

Ce réseau social n’est pas uniquement un banque de CV pour DRH en recherche de compétences. Il contient des Hubs, groupes de discussion sur lesquels échangent les professionnels. Par contre, le moteur de recherche de Viadeo ne restitue pas toujours des résultats pertinents…

Les blogs

C’est bien connu : le blogueur est un narcissique, qui ne peut s’empêcher de parler de son blog. Les blogs sont donc régulièrement mentionnés sur les médias sociaux. Ils sont également une source inépuisable de données. En plus, les blogueurs se font un devoir de citer leurs sources. D’où une liste de blogs référents, qui permettent de couvrir rapidement la blogosphère sur un sujet précis. Ceux ci ont été trouvés au hasard de lectures sur Twitter (liste non exhaustive, bien sûr) :

http://lifeonthewedge.net/2013/05/27/hadju-go-when-you-are-hungary-for-some-european-cheese/(et une liste de mots-clés…) + http://lifeonthewedge.net/?s=cheese (pour les amoureux des fils RSS)

http://lovecheeseandwine.wordpress.com/2013/06/14/european-cheese-trends/

http://www.culturecheesemag.com/blog

http://cheeseandtoast.com/(des recettes de cuisine à base de fromage…)

http://thejoyofcheese.wordpress.com/

http://saint-nectaire-fromage.fr/ (encore des recettes de cuisine…)

http://www.meltyfood.fr/le-meilleur-fromager-du-monde-est-japonais-a186013.html

Ces blogs incluent régulièrement des fils RSS, ce qui rend leur suivi aisé.

Digg

Un media social qui mêle le pertinent et le moins pertinent, mais à garder tout de même sous le coude…

Diigo

Les internautes y partagent les articles qui les ont intéressé. Une recherche par affinité est possible, qui permet parfois de déboucher sur des sites internet liés au sujet surveillé.

La presse

Elle est accessible notamment par les médias sociaux précédemment mentionnés. A partir de là, il est facile d’effectuer une recherche qui pourra déboucher sur des résultats intéressants et faire l’objet d’un suivi par un fil RSS.

Les sites institutionnels

Leur intérêt est moindre, de par leur renouvellement moins fréquent. Les sites institutionnels sont, cependant, une source intéressante de veille concurrentielle, souvent mentionnée sur les médias sociaux, pour ceux qui savent les analyser, qu’il s’agisse de producteurs ou d’événementiels sur lesquels les concurrents ne manqueront pas d’être présents.

Thème n°2 : l’opinion sur la gestion privée de l’eau potable

La recherche de source a été réalisée dans des conditions similaires à celle effectuée sur le thème précédent. Il convient toutefois, en préambule, de rappeler que ce type de veille débouche souvent soit sur une cartographie des acteurs en fonction de leur position envers le sujet, soit sur des thématiques à développer dans le cadre de la communication externe pour valoriser l’image de marque de l’entreprise. Là encore, le choix des mots-clé est déterminant dans le résultat de la recherche.

Twitter

Une recherche sommaire en français et en anglais, puisque certains des acteurs du marché sont présents sur la scène internationale, permet de croiser des acteurs européens ou évoluant hors d’Europe, qu’ils se présentent comme des instituts de recherche ou de simples particuliers.

Scoop.it

Les outils de curation, au delà de leur mission première de diffusion, constituent, au même titre que les média sociaux, des sources de veille intéressantes à consulter. Seul inconvénient, concernant Scoop-it : la recherche hors moteurs de recherche classique s’avère délicate. Ce qui ne signifie pas impossible.

Paper.li

Autre outil de curation, Paper.li constitue une intéressante alternative à Scoop.it pour ceux qui souhaitent ne pas dépendre d’une seule source pour accéder aux données. L’interrogation sur le thème de la gestion privée de l’eau débouche sur une variété de supports de donnée, dont la pertinence reste toutefois à déterminer par les professionnels intéressés par la question.

Pearltrees

Déjà présenté lors de l’examen du thème précédent, Pearltrees propose une sélection de sources sur le thème soumis.

Les publications en ligne

Dans l’esprit de partage qui a animé les fondateurs d’Internet, certains auteurs diffusent leurs écrits librement sur des sites spécialisés comme Scribd, Calaméo ou Youscribe, pour ne citer que ces trois là. Mais les présentations Powerpoint sont également disponibles en ligne.

Les blogs

Déjà présents lors de l’examen de la thématique précédente, les blogs traitent également de la gestion de l’eau potable, notamment sous l’angle de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE).

Mais le blog est également un outil d’opinion, et celles de certains méritent une surveillance attentive.

La presse

Au carrefour de l’économique et du politique, le thème de la gestion de l’eau accroche d’autant plus l’actualité que partisans et adversaires s’y expriment sans retenue. Une aubaine pour les cartographes de la question.

Parmi les quotidiens nationaux, une recherche sur « Les Echos » fournit des données sur la démarche de l’Europe, celle adoptée par certaines municipalités voire des axes de communication ou des travaux d’étudiants. Les acteurs du marché y sont aussi mentionnés, et pas toujours sous leur meilleur jour. De tels retours constitueront un apport inestimable pour les professionnels de la veille concurrentielle ou du Community Management.

Cet intérêt pour la presse nationale n’exclut toutefois pas la presse régionale du champ d’investigation. Surtout lorsque cette presse éclaire d’un jour intéressant les relations des citoyens nationaux avec la Commission Européenne ou identifie les partisans et détracteurs de la gestion privée de l’eau potable.

Mais la presse régionale aborde aussi des thèmes plus généraux autour de la gestion de l’eau potable, qui offre aux professionnels du marketing et de la communication matière à affûter leurs arguments.

Même s’il a cessé de publier depuis décembre 2012, OWNI propose des tags autour des thématiques liées à l’eau potable. Un moyen pour le professionnel de la veille d’étendre le champ de ses investigations.

Parmi les organes de presse spécialisée, la vocation de certains d’entre eux méritent que le professionnel y porte une attention particulière. C’est notamment le cas en matière de protection du consommateur.

Et parce que la gestion privés de l’eau n’est pas qu’une question nationale, la consultation de la presse étrangère est riche d’enseignements.

Conclusion : faut-il brûler les moteurs de recherche ?

Sans aller jusqu’à les brûler, une analyse sommaire de cette expérience montre qu’il serait possible de s’en passer. Le Web étant devenu, par la grâce du 2.0, communautaire, le social bookmarking fournit non seulement des sources d’informations, mais aussi des références sur les sujets traités soit expertes, soit émanant des acteurs de l’environnement économique de l’entreprise : clients, concurrents, sous-traitants, fournisseurs, ONG, etc. De ce fait, la hiérarchie de l’information proposée est, non plus algorithmique mais bien humaine. Exclure les moteurs de recherche d’une recherche de données serait donc un moyen de privilégier l’humain sur Internet. Un cheval de bataille pour les adeptes de la RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises), mais aussi pour ceux qui voudraient lutter contre l’emprise trop grandes, réelle ou supposée, de certaines multinationales spécialisées dans la recherche de données en ligne sur l’accès de tous à l’information, et la fameuse « neutralité du Net« .

En outre, confronté à un Internet sur lequel une approche simultanée du temps qui passe prime une approche chronologique, les médias sociaux constitue, pour le professionnel de la Veille et l’organisation dans laquelle il travaille, une source idéale pour être informé, comprendre et réagir en temps réel.

Une telle approche paraît cependant simpliste.

En effet, la démarche communautaire par le social bookmarking et les réseaux sociaux, de par son aspect exploratoire, nécessite du temps à mettre en place, temps que les organisations, de par l’appréhension du temps qui passe sur le mode de la simultanéité, ne sont pas toujours prêtes à consentir, quand elles en disposent. Et même si tel est le cas, une telle démarche communautaire aboutit à la réduction du nombre de sources disponibles pour le professionnel de la Veille en fonction de l’étendue de son réseau.

En outre, pour les tenants de la guerre économique, qui prônent la guerre par l’information, un système d’information communautaire se révèle aisé à dérégler, puisqu’il suffit d’introduire une information inexacte, incomplète ou dépassée pour fausser l’analyse, donc la prise de décision stratégique. Une occasion de plus de rappeler qu’une donnée collectée sur Internet se valide avant d’être analysée, et que l’expertise ne constitue pas une garantie contre les risques d’erreur ou l’emballement autour d’un buzz soigneusement calibré, qu’il soit négatif ou positif. Car, contrairement à ce que pensent certains, une rumeur n’est pas une information, et un démenti non plus.

Dès lors, l’enseignement à tirer de cette expérience pourrait se résumer en un adage : « l’excès en tout est un défaut » : si la dépendance aux moteurs de recherche se révèle handicapante, dans une fonction qui impose quotidiennement d’inventer de nouveaux moyens d’accéder à l’information, l’affranchissement total des moteurs relève de l’utopie pure et simple. C’est dans le dosage des deux qu’intervient l’intelligence humaine.

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